La Saga Alien (1er Partie)

Publié le par Leblanc M.

Il y a 38 ans de ça sortait un film de science-fiction horrifique qui allait marquer le début d'une des plus incroyables sagas de l'histoire du cinéma. À l'occasion de la sortie d'Alien Convenant, je vous propose ce mois-ci de nous replonger dans les entrailles des films Alien. Une série atypique qui a permis à 4 cinéastes légendaires de proposer leur propre version du mythe au travers d'œuvres aussi différentes que marquantes pour les spectateurs. Mais commençons par le commencement et attardons-nous sur le huitième passager...

 

Alien: Le Huitième Passager

La Saga Alien (1er Partie)

L'histoire, tout le monde la connaît aujourd'hui. Un vaisseau commercial, le Nostromo, fait son voyage retour vers la terre. À son bord, sept membres d'équipage, cinq hommes et deux femmes. Alors qu'ils ne sont qu'à mi-chemin, l'ordinateur de bord les réveille de leur sommeil artificiel car il vient de détecter un signal inconnu en provenance de la planète LV-426. Ce pitch, on le connaît tous par cœur tant Alien, le Huitième Passager est un des métrages qui a été le plus plagié et copié de l'histoire du cinéma. Entre les copies quasi conformes (comme le récent Life) ou les déclinaisons aquatiques (Leviathan ou Un Cri dans l'Océan), le concept a été usé jusqu'à la corde au point de devenir une simple déclinaison des slashers. Pourtant, à la base, Alien, le Huitième Passager est bien plus qu'un Vendredi 13 dans l'espace !

 

Pour revenir à l'origine du mythe et comprendre comment le film a pu être une telle réussite, il faut rendre grâce à trois hommes dont les talents combinés ont porté le métrage. Le réalisateur Ridley Scott, l'artiste H.R. Ginger et le scénariste Dan O'Bannon. Si les deux premiers restent très connus pour leur travail sur la saga, O'Bannon est malheureusement un peu l'oublié de l'histoire. Pourtant, c'est par lui que tout a commencé. À la base, copain de fac de John Carpenter, O'Bannon se lance dans le monde du cinéma en compagnie du futur réalisateur de The Thing et Halloween en réalisant une petite comédie de science-fiction amateur, Dark Star. Trouvant le concept sympa, il pense assez rapidement à décliner ce type de scénario en mode horrifique. Et il ébauche une histoire confrontant des astronautes à un monstre spatial. Assez sommaire, son début de scénario arrive quand même à attirer l'attention de certaines personnes, dont celle d'Alexander Jodorowsky qui le convoque pour participer à son adaptation de Dune. Malheureusement pour O'Bannon, le projet démesuré de Jodorowsky se casse logiquement la figure et ne voit jamais le jour. Le jeune scénariste se retrouve donc sans argent et sans travail. Il reprend alors son histoire, la renomme Alien et passe plusieurs mois à la réécrire en incluant certains éléments cultes, comme la gestation de la créature par l’humain. Si cette idée est absolument géniale, elle était déjà présente dans un roman de S.F. de 1939 écrit par A.E. Van Vogt et vaudra au studio un procès. C'est finalement à la Fox, qui veut faire un nouveau film de S.F. après le triomphe de Star Wars, que le scénario sera vendu.

Dan O'Bannon et H.R. Ginger en plein travail de préproduction sur Alien.

Dan O'Bannon et H.R. Ginger en plein travail de préproduction sur Alien.

Par contre, trouver le réalisateur pour mettre en scène le film ne fut pas une chose aisée. Beaucoup de metteurs en scène comme Walter Hill ou Peter Yates furent approchés, mais aucun n'accepta, soit par souci de maîtrise technique soit par inintérêt envers le concept. C'est finalement à un jeune réalisateur prometteur, qui venait de marquer les esprits avec le film Les Duellistes, que le projet fut confié. Ridley Scott, vu que c'est de lui qu'il s'agit, se lança dans le projet avec une vision très claire de ce qu'il voulait obtenir. Un mélange entre le réalisme d'un 2001: l'Odyssée de l'Espace et un futur « usagé » qu'on retrouvait dans le design des vaisseaux de Star Wars. Au niveau du casting, hormis Tom Skerritt qui a déjà une belle carrière, ce sont principalement des débutants qui sont choisis. Mais par la suite, tous feront une très belle carrière au cinéma. La plus connue restant évidement Sigourney Weaver qui est aujourd'hui indissociable de la saga. Pourtant, à l'origine, le rôle avait été écrit pour un homme et ce n'est que par la suite qu'il fut choisi de le confier à une femme. Le côté très bad-ass du personnage d'Ellen Ripley provient donc en grande partie de ce changement de sexe impromptu. De toute façon, Ridley Scott n'est pas dupe, la véritable star du film sera la créature.

 

Séduit par une peinture de H.R. Ginger, que O'Bannon avait connu sur le Dune de Jodorowsky, Scott demande à l'artiste suisse de concevoir les différents designs de son monstre. Si aujourd'hui l'Alien (ou plutôt le Xénomorphe) est devenu le monstre le plus emblématique de l'histoire du cinéma, ce n'est pas un hasard ! Il y a d'abord eu cette idée de présenter la créature sous différentes formes de son évolution. D'abord, comme un œuf donnant naissance à un parasite tentaculaire fécondant ses victimes pour donner naissance à un petit monstre qui grandira très vite pour atteindre la forme la plus connue de la créature. Ce concept très développé des différents stades d'évolutions donne un côté crédible et réaliste à la menace. La surprise provenant tout autant de sa forme que des différentes étapes de sa création. La menace semble dans un premier temps être l'œuf avant de rapidement devenir le parasite pour nous surprendre de plus belle avec une forme finale novatrice. Avec le Xénomorphe, Ginger s'est fait plaisir ! En donnant à sa création un côté à la fois sexuel (avec sa forme androgyne et son immense queue) et prédatoire (par son absence d'yeux, son sang acide ou sa double mâchoire), il crée une menace qui sera qualifiée par un membre de l'équipage de perfection génétique. C'est en effet le sentiment que l'on ressent également et on peut difficilement imaginer comment le monstre aurait pu être plus réussi. C'est principalement de lui que nait le suspense et la terreur provoqués par le film.

 

Necronom IV, la toile de Giger créé en 1976 qui est à l'origine du design du monstre

Necronom IV, la toile de Giger créé en 1976 qui est à l'origine du design du monstre

Quand on parle de gestion du suspense, on peut bien sûr parler du potentiel de survie des personnages. Si aujourd'hui tout le monde sait que Ripley est l'héroïne de la saga, ce n'était pas le cas lors de la sortie du premier film. Durant la 1ère heure du métrage, son personnage n'est pas plus mis en avant que celui des 6 autres membres de l'équipage. À ce moment, celui qui se détache et se rapproche le plus du potentiel héros de l'intrigue est le capitaine Dallas. Ce sentiment est renforcé par le fait que son interprète, Tom Skerritt, a le premier rôle au générique devant Sigourney Weaver. Quand on regarde Alien, le Huitième passager pour la première fois, en étant vierge de connaissance à son sujet (ce qui est malheureusement quasiment impossible aujourd'hui), il est quasiment impossible d'établir l'ordre de disparition des personnages et c'est de la que nait l'angoisse, tout le monde peut y passer à tout moment !

 

C'est d'ailleurs de la gestion des personnages que proviennent certaines idées révolutionnaires. Des scènes cultes qui ont d'ailleurs été reprises et recopiées dans tellement d'autres films qu'on oublie à quel point leurs concepts étaient génial. La scène de la « naissance de l'Alien » lors du repas est tellement puissante car nous nous sommes attachés à Kane. Nous avons découvert son calvaire et, alors que nous le pensions tiré d'affaire, nous comprenons seulement à cet instant la vraie nature du parasite qui l'a attaqué. Il en va de même pour la révélation de la vraie nature de Ash. Tout au long du film, nous avons des indices qui nous font bien comprendre qu'il y a quelque chose de louche le concernant. On peut facilement se douter qu'il en sait plus qu'il ne veut le dire et qu'il est moins honnête qu'il n'y parait ; mais aucun indice ne nous conduit vers sa vraie identité. Quand celle-ci nous est révélée lors d'une scène choc très violente, la surprise est totale et assez renversante. Bien entendu, la pirouette ne fonctionne plus aussi bien aujourd'hui tant cette mécanique a été reprise, mais remise dans son contexte, elle est d'une redoutable efficacité !

Dallas (Tom Skerritt) en bien mauvaise posture dans une scène devenue culte alors qu'elle fut coupé au montage

Dallas (Tom Skerritt) en bien mauvaise posture dans une scène devenue culte alors qu'elle fut coupé au montage

Si le film va cartonner lors de sa sortie (deuxième plus gros succès de l'année derrière le James Bond, Moonraker), c'est surtout l'impact qu'il va provoquer sur le long terme qui va le faire entrer dans la légende. En redéfinissant les codes à la fois du film de science-fiction et du film d'horreur, Alien, le Huitième passager va devenir un sorte de mètre étalon à atteindre et force est de reconnaître qu'aujourd'hui encore, on a jamais fait mieux dans le genre. Bien entendu, quand on parle de succès, on parle forcément également de sequel et c'est probablement sur ce point que la saga va totalement se démarquer de ses concurrents. Dès le deuxième film, Aliens- le Retour, les spectateurs comprendront qu'ils n'ont pas affaire avec une série ordinaire …

 

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