Les Adaptations de Jeux Video au Cinéma, un Amour Impossible ? (4ème Partie)

Publié le par Leblanc M.

Nous avons petit à petit remonté l'histoire des adaptations de jeux vidéo au cinéma. Même si le constat général est assez navrant, nous avons également constaté que l'échec est relatif et est principalement dû à des problèmes de production. Au travers de trois clés (le respect de l'œuvre de base, l'ambition du projet et la vision d'un auteur), nous avons même trouvé certaines portes pouvant conduire à des réussites (Mortal Kombat, Final Fantasy et surtout Silent Hill sont des films respectables). Cependant, nous sommes aujourd'hui en 2017 et LE chef d'œuvre n'est toujours pas apparu sur nos écrans... Pourtant, l'année dernière, ce sont deux mastodontes qui se sont lancés dans l'arène ! Et un des deux avait quasiment tout compris, sauf la dernière clé, tandis que l'autre n'avait quasiment rien compris... sauf la dernière clé...

Warcraft: Le Commencement: Le Potentiel Cinématographique de l'Œuvre

Les Adaptations de Jeux Video au Cinéma, un Amour Impossible ? (4ème Partie)

Ceux qui me lisent depuis un moment (avant l'ouverture de ce blog) savent que j'ai été assez indulgent dans ma critique de Warcraft l'année dernière. Alors que beaucoup s'attendait à me voir exploser le film dans les règles de l'art, j'ai été au final assez gentil. Sans crier au chef d'œuvre (loin de là), j'avais considéré le film comme étant un blockbuster honnête, bien moins mauvais que beaucoup d'autres gros morceaux sortis sur les écrans l'été dernièr (Suicide Squad, Insaisissable 2, Ghostbusters,... La vache ! Quel été pourri...). Si on y réfléchit bien, Warcraft a compris et assimilé les trois clés de la réussite que j'ai évoquées dans les premières parties de cet article. Est-ce que le film respecte le jeu vidéo ? Indubitablement, il reprend son intrigue quasiment à la lettre, fait de multiples références, reprend les codes visuels... Le film avait-il de l'ambition ? Difficile quand on est un énorme blockbuster d'héroïc fantasy à 160 millions de dollars de budget de ne pas prétendre être ambitieux... Avions-nous un auteur pour chapeauter le projet ? Derrière la caméra se trouvait Duncan Jones, le fils de David Bowie, à qui on devait les très bons Moon et Source Code...

 

La question qu'on peut alors se poser est la suivante, pourquoi le film ne fonctionnait pas vraiment ? Pour moi, le film comptait quand même de nombreux défauts. Visuellement, il était souvent très kitsch, certains axes narratifs majeurs n'apportaient strictement rien à l'intrigue, c'est parfois trop ambitieux d'un point de vue narratif,... Quand on y réfléchit, tous ces défauts étaient liés au jeu. Si au travers d'une expérience interactive rien de tout cela ne pose vraiment problème car ces éléments sont noyés au sein d'une aventure extrêmement vaste, présentés au sein d'un film de deux heures, c'est nettement plus problématique. Il en va de même pour l'identité visuelle générale, un design de jeu vidéo ne répond pas forcément aux mêmes normes qu'une œuvre cinématographique. Ce qui passe très bien dans un milieu graphique peut vite tourner au ridicule dans un univers photo réaliste. Et c'est exactement ce qui se passe avec Warcraft le film !

Warcraft le film et son look un peu kistchouille déjà présent dans le jeu

Warcraft le film et son look un peu kistchouille déjà présent dans le jeu

Nous arrivons donc à la clé du problème, Warcraft n'est tout simplement pas une œuvre adaptable au cinéma. En réalité, pour rendre l'univers de Warcraft cohérent sur grand écran, il faudrait ne pas respecter le jeu. Le projet n'avait donc quasiment aucune chance d'être plus réussi qu'il ne l'est... Paradoxalement, un film franchement assez mauvais et foireux mais basé sur un jeu possédant le potentiel pour faire une bonne adaptation sortait quelques mois après en salle. Ce film, c'était Assassin Creed.

 

Assassin Creed, le jeu, à quelques choses de particulièrement cinématographique. La mise en scène du jeu, le scénario, les codes visuels empruntent énormément au 7ème art. L'idée d'adapter la franchise sur grand écran était donc légitime. Mais voilà, si la quatrième clé était bien présente, les trois premières étaient absentes... Assassin Creed le film respecte-t-il le jeu ? Dans les grandes lignes oui, mais il y a cependant un gros couac ! Toute la partie située dans l'Animus qui est pourtant la ligne principale du jeu, et la plus puissante visuellement parlant, passe au second plan. Le film est-il ambitieux ? Oui, Assassin Creed est un gros budget (125 millions), oui, il met en scène un acteur de renom (Fassbender), oui, il s'agissait d'une des grosses sorties de noël MAIS à côté de ça, il ne prend aucun risque et l'on sent clairement que les studios ne croyaient pas en leur bébé et ne lui donnait aucune chance de succès en le vendant très mal. Enfin, avions-nous un véritable auteur pour conduire le projet sur les voies de la réussite ? On ne peut pas forcément dire que le nom de Justin Kurzel soit très connu ou reconnu... Alors OK, son Macbeth était sympathique et il lui a forcément ouvert les portes de cette adaptation très Shakespearienne, mais on est quand même plus près d'un faiseur que d'un auteur reconnu...

L'univers très cinématographique d'Assanssin's Creed qui passe malheureusement au second plan dans la version cinéma

L'univers très cinématographique d'Assanssin's Creed qui passe malheureusement au second plan dans la version cinéma

Vous l'aurez compris, si Assassin Creed et Warcraft se sont révélés très instructifs, ni l'un ni l'autre ne fut véritablement convainquant. Au final, de quoi l'avenir sera fait ? Des adaptations d'œuvres comme Last of Us par Sam Raimi ou Mass Effect sont franchement prometteuses. Bien sûr, tout n'est pas aussi simple et tout n'est pas qu'une question de clés à obtenir... Le cinéma n'est pas un jeu dans lequel il faut obtenir des artefacts pour passer au niveau supérieur. Il se peut très bien qu'un film respectant ces principes se révèles être une énorme daubasse et qu'un autre n'en respectant aucune soit un pure chef-d’œuvre. Disons simplement que les chances de réussites semblent bien plus importantes en respectant ces bases, somme toute, assez singulières et logiques.

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