Les Adaptations de Jeux Vidéo au Cinéma, un Amour Impossible ? (3ème Partie)

Publié le par Leblanc M.

Nous sommes en 2005, le début des années 2000 fut catastrophique pour l'union des jeux vidéo et du cinéma. L'échec de Final Fantasy a marqué l'industrie au fer rouge. Plus personne n'y croit et les adaptations n'ont plus d'autre objectif que de devenir des séries B de bas étage. C'est dans ce contexte que débarque Silent Hill...

Silent Hill : La Vision d'un Auteur

Les Adaptations de Jeux Vidéo au Cinéma, un Amour Impossible ? (3ème Partie)

Pour contextualiser la sortie du film, je me dois de revenir sur deux points importants : l'état du cinéma de genre en France au début des années 2000 et qui est Christophe Gans, le réalisateur de Silent Hill. Au début du 21ème siècle, toute une tripotée de jeunes réalisateurs français décident de se lancer dans le cinéma de genre. Jusqu'à là, le cinéma fantastique et horrifique étaient quasiment inexistants dans l'hexagone. Pour cette génération qui a grandi dans les années 80 et s'est créé sa propre culture cinématographique dans les vidéoclubs, il est temps que ça change ! Ayant parfaitement digéré leurs classiques, c'est ainsi que des réalisateurs comme Alexandre Aja ou Pascal Laugier vont sortir des films comme Haute Tension, À l'Intérieur, Calvaire ou Saint Ange. Des films franchement très réussis qui, malgré leurs échecs systématiques en salle (dus principalement à des sorties anecdotiques), vont faire parler d'eux et ouvrir les portes d'Hollywood à cette génération. C'est ainsi qu'Alexandre Aja se retrouve au commande du remake de La Colline a des Yeux, que Pascal Laugier réalise The Secret ou que Xavier Gens... s’occupe d’Hitman, une autre adaptation de jeu vidéo sur laquelle nous reviendrons plus tard dans l'article.

 

Quel est le rôle de Christophe Gans dans tout ça ? Eh bien on pourrait le qualifier de mentor ou de parrain pour toute cette génération. Il faut savoir qu'avant de devenir cinéaste, Gans était à la tête du légendaire magazine Starfix. Dans les années 80, c'est principalement grâce à cette revue et à Mad Movies que la France s'est ouverte au cinéma de genre. C'est grâce à Gans et ses collègues que des cinéastes comme John Carpenter ou Wes Craven furent reconnus comme des auteurs à part entière. En passant derrière la caméra, il avait pour ambition de démontrer qu'on pouvait également proposer un autre cinéma en Europe. Après avoir fait ses armes sur le film à sketchs Necronomicon, il réalise Crying Freeman, une adaptation d'un manga japonais, et surtout le Pacte des Loups. Cette énorme production est probablement, à sa sortie, le film de genre le plus important (en terme d'ampleur, budget et ambition) jamais produit en France. Si les qualités du film peuvent être discutables, son impact est lui évident. Le film cartonne, il remporte même un grand succès aux Etats-Unis. Gans devient une sorte de libérateur pour les cinéastes voulant faire des films de genre en France et est, logiquement, le premier à travailler sur une grosse production Américain.

 

Voilà, toute cette longue introduction pour vous expliquer où en est Christophe Gans quand il débarque sur le projet Silent Hill. Mais il faut également savoir que son choix de réaliser Silent Hill ne vient pas d'un désir de travailler sur une grosse production mais d'un vrai amour pour le jeu. Il n'a en effet pas hésité à écrire à Konami pour présenter son projet et obtenir les droits. Si je vous explique tout ça, c'est vraiment pour vous montrer qu'à la différence des autres adaptations sorties à l'époque, Silent Hill le film avait à sa tête un vrai passionné. Un homme dont l'amour pour le cinéma de genre l'a poussé dans sa créativité et dans tous ses choix de carrière. Un homme qui n'a jamais travaillé sur un projet pour l'argent mais uniquement car il voulait en tirer une œuvre importante. En d'autres termes, pour la première fois, c'est un auteur qui est derrière la caméra.

Avec ses plans horrifique composé comme des tableaux on sent bien que Silent Hill n'est pas une production horrifique classique

Avec ses plans horrifique composé comme des tableaux on sent bien que Silent Hill n'est pas une production horrifique classique

Bien qu'il soit imparfait, on sent très bien en regardant Silent Hill que le film est très différent de ce qui fut proposé jusque-là. Gans n'acceptera quasiment aucun compromis (si ce n'est celui de développer le personnage de Sean Bean car les studios ne voulait pas d'un film 100% féminin) et offre des visions infernales assez dantesque. Certes la narration est parfois un peu foutraque et le dernier acte limite grand guignolesque, mais à côté de ça, Gans arrive à transposer parfaitement l'univers du jeu à l'écran. Alors que dans les mains d'un autre, le film aurait pu devenir une œuvre horrifique classique jouant sur les jumps scares et les effets gores ; le film repose sur son atmosphère dérangeante et une esthétisation du « grotesque » (qui ne doit absolument pas être pris au sens péjoratif du terme). Comme dans le jeu, certaines visions mettent le spectateur clairement mal à l'aise. Les apparitions de Pyramid Head, des Infirmières ou du Concierge se révèlent être de grands moments de terreurs en ne jouant que sur l'esthétique et en ne succombant pas à la facilité.

 

À sa sortie, Silent Hill n'a aucun problème à se présenter comme la meilleure adaptation de jeu vidéo jamais réalisée et c'est d'ailleurs toujours le cas aujourd'hui. Si certains gros défauts comme le climax final empêchent clairement au film d'être un chef-d’œuvre, le tout est vraiment très solide et intéressant. Mais si le film est si réussi, c'est principalement grâce à Christophe Gans qui a vraiment mis toute sa passion et toute sa volonté dans le projet. S'il n'avait pas pu transmettre à l'écran « sa » vision de Silent Hill, il n'aurait tout simplement pas réalisé le film.

 

Pyramide Head, probablement le monstre le plus iconique de l'univers de Silent Hill

Pyramide Head, probablement le monstre le plus iconique de l'univers de Silent Hill

Malheureusement, cette réussite reste une anomalie dans le système... Elle est due au fait que, malgré son budget important, le film s'est réalisé quasiment en dehors du système. Coproduit par les Etats-Unis et le Canada, il a été produit en dehors des gros studios et cela explique en grande partie la relative liberté artistique dont Gans a pu bénéficier. Si le bon accueil à la fois critique et public du film aurait dû mettre la puce à l'oreille des studios, ce ne sera malheureusement pas le cas... Ils auront une fois de plus une vision totalement déformée du succès de l'œuvre...

 

C'est ainsi que lorsque fut lancée la production de Hitman, une autre grosse production adaptée d'un jeu, la 20th Century Fox trouva judicieux d'engager un de ces petits « frenchy » qui montent. Voilà comment Xavier Gens se trouva à la tête du projet. Voilà tout ce que le studio avait retenu du succès de Silent Hill : c'est un français qui fait du cinéma de genre qui l'a réalisé... Tout le côté concernant la vision de l'auteur ou la liberté artistique, ils n'y accordent aucune importance. Gens se retrouve donc complètement emprisonné d'un projet sur lequel il n'a aucun contrôle. Le résultat final n'aura d'ailleurs rien de surprenant, Hitman est une grosse daubasse et se mange un bide retentissant !

Hitman ou comment détruire l'héritage de Silent Hill en un film

Hitman ou comment détruire l'héritage de Silent Hill en un film

Et voilà... En l'espace d'un film, tout l'héritage de Silent Hill et tout ce qu'il aurait pu apporter tombe à l'eau... Nous replongeons dans la même logique avec la production de séries B de piètres qualités (les suites de Resident Evil, Max Payne,...), des séries Z destinées au marché vidéo (Dead or Alive, King Rising,...) ou des blockbusters assez débiles (Prince of Persia,...). Le cas de la suite de Silent Hill, de par sa nullité, est assez révélateur de la logique créatrice que l'on impose aux adaptations de jeux vidéo.

 

Pourtant, je pense qu'aujourd'hui nous sommes plus proches que jamais d'atteindre la réussite... L'année dernière deux films, pas forcément très réussis, sont sortis en salle. Un des deux avait parfaitement digéré les trois premières clés que je vous ai présentées mais son échec artistique vient justement du fait qu'il ne possédait pas la quatrième et dernière clé nécessaire. Quant au second, il possédait justement cette quatrième clé mais n'avait pas les trois premières...

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