Les Adaptations de Jeux Vidéos au Cinéma, un Amour Impossible ? (2ème Partie)

Publié le par Leblanc M.

À l'aube des années 2000, les adaptations de jeux vidéo sont dans une impasse... Au final, les années nonante n'ont produit qu'un seul succès, Mortal Kombat. Le pire étant probablement que l'entièreté des films ont été reçu comme des séries B ou Z par la presse. Jusque-là, les studios n'avaient pas encore pris trop de risque. Il n'avait encore jamais tenté de faire d'une adaptation de jeux vidéo un blockbuster ambitieux. Ce n'était pourtant qu'une question de temps...

Final Fantasy, les Créatures de l'Esprit : Avoir de l'ambition.

Les Adaptations de Jeux Vidéos au Cinéma, un Amour Impossible ? (2ème Partie)

La première moitié des années 2000 va en effet marquer un tournant. Si jusque-là les budgets, et donc les objectifs financiers à atteindre, étaient limités, deux films vont changer la donne. Lara Croft : Tomb Raider et surtout Final Fantasy, les Créatures de l'Esprit sont prévus pour être deux des plus gros blockbusters de l'été 2001 ! De toutes les sorties cinéma de cette saison, seul Pearl Harbor bénéficie d'un budget supérieur.

 

Si Tomb Raider était surtout conçu pour être un gros film d'aventure, dans la ligné des Indiana Jones, qui capitaliserait sur la popularité du personnage de Lara Croft, Final Fantasy visait beaucoup plus haut ! Pour réaliser ce que représentait réellement Les Créatures de l'Esprit à l'époque, revenons un peu sur la production du film. En 2001, le film avait pour ambition de totalement redéfinir les normes cinématographiques. Il s'agissait du premier film photo réaliste. Cette technique était clairement expérimentale à l'époque. Nous étions 8 ans avant la sortie d'Avatar! D'ailleurs, le film n'utilisait pas les techniques actuelles à base de capteurs qui ne seront inventées que 3 ans après avec le Pôle Express. À l'époque, Square, qui cofinançait le film, voulait bouleverser l'industrie en créant des stars en images artificielles et mettre en place tout un nouveau système basé sur le virtuel. Doté d'un des plus gros budgets de l'histoire du cinéma, la création de Final Fantasy le film est un événement qui alimente quotidiennement la presse spécialisée !

 

Étrangement, si le très mauvais Tomb Raider rencontre un joli succès en salle, le révolutionnaire Final Fantasy se paye un bide monumental ! Pour mesurer l'ampleur des dégâts, il faut savoir que le film fait encore aujourd'hui partie des plus gros échecs commerciaux de l'histoire du cinéma ! En ne rapportant que 85 millions de dollars à travers le monde, le film fait moins d'entrées que des productions comme Rat Race (une comédie avec Woopie Goldberg et Rowan Atkison) ou Don't Say a Word (un thriller avec Michael Douglas que tout le monde a oublié) ... Le studio Square, qui était alors le leader mondial dans le domaine des jeux de rôle vidéo, ne s'en est d'ailleurs pas remis et fut obligé de fusionner avec son concurrent Enix pour ne pas mettre la clé sous la porte...

Aki Ross, l'héroïne du film qui devait devenir la première star virtuelle.

Aki Ross, l'héroïne du film qui devait devenir la première star virtuelle.

Comment expliquer ce rejet du public ? Le film est-il mauvais ? A-t-il été mal vendu ? La réponse à ces deux questions est négative... Objectivement, il est réussi et la campagne commerciale était aussi originale que puissante. L'échec est plutôt à chercher dans la conception du film. Il était clairement en avance sur son temps et le public n'était pas encore prêt pour ce genre de spectacle. Le photo réalisme était à l'époque inconnu des cinéphiles et l'image de synthèse était encore très récente. Proposer tout un film basé sur cette technique était juste trop étrange pour le public. Un autre souci vient de la franchise en elle-même. D'un côté, elle n'est pas forcément très parlante pour la grande tranche du public qui n'est pas fan de jeux vidéo et de l'autre le film n'entretient que très peu de rapport avec le concept des jeux... En gros, le film loupe son adaptation de tous les côtés ! Il utilise un nom qui ne parle pas au grand public et un univers qui ne rappelle pas le jeu (il s'agit d'un film de SF alors que les Final Fantasy en jeux vidéo sont plutôt Héroïc Fantasy). En gros, hormis l'utilisation du photo réalisme et la présence à la production du studio Square, rien ne relie directement le film à la licence vidéo ludique.

 

Cet échec n'en demeure pas moins terriblement injuste. Le film n'est certes pas parfait. Il souffre de gros problèmes d'écritures, principalement au niveau de ses personnages extrêmement clichés, et la technique n'était pas encore parfaitement maîtrisée. Mais à côté de ça, il offre un spectacle parfois assez époustouflant et des scènes d'actions assez mémorables. L'ambition du projet se ressent de bout en bout. Le scénario est simple mais solide et le film reste très sérieux. Il est d'ailleurs fort probable que s'il était sorti quelques années plus tard avec une technique un peu mieux maîtrisée et sans être associé à la licence Final Fantasy, il aurait rencontré un grand succès...

Final Fantasy les Créatures de l'Esprit brasse une imagerie SF guerrière très différente de celle des jeux.

Final Fantasy les Créatures de l'Esprit brasse une imagerie SF guerrière très différente de celle des jeux.

Mais bon, on ne refait pas l'histoire... Et l'impact de l'échec de Final Fantasy, les Créatures de l'Esprit sera assez marquant concernant les adaptations de jeux video au cinéma. Plutôt que de se dire « notre projet était mal conçu et nous avons commis de grosses erreurs », le pontes des studios ont conclu que les jeux vidéo étaient fait pour servir des blockbusters crétins ! Le succès du mongoloïde Tomb Raider les confortera dans cet état d'esprit. Ils n'ont cependant pas réalisé que si la première aventure cinématographique de Lara Croft avait marché, c'est surtout dû au fait que le film fut remarquablement vendu, porté par une très bonne campagne marketing et un trailer très efficace. Le film avait d'ailleurs perdu 60% de ses entrées entre son premier et son deuxième WE, ce qui n'était pas forcément courant à l'époque.

 

Peu importe, pour les studios, le public ne veut pas du créatif Final Fantasy mais aime le nanardesque Tomb Raider. Et bien on va produire des blockbusters bien gogols ! Si l'adaptation de Resident Evil, même si elle édulcore méchamment son sujet, arrive à faire vaguement illusion, le reste se révélera catastrophique ! La suite de Tomb Raider arrive à être pire que l'original, le trio House of Dead, Alone in the Dark et BloodRayne révèle au grand public Uwe Boll (qui est considéré comme le pire cinéaste en activité) et Doom, même s'il est fun, est un sommet de cinéma dégénéré !

Alone in The Dark, peut-être le pire film de Uwe Boll...

Alone in The Dark, peut-être le pire film de Uwe Boll...

Pourtant, l'espoir n'est pas loin... La deuxième partie des années nonante commencera en force en nous proposant ce qui est peut-être la meilleure adaptation d'un jeu à l'heure actuelle et surtout la troisième des 4 clés obligatoires à l'ouverture des portes de la réussite...

 

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