Les Adaptations de Jeux Vidéos au Cinéma, un Amour Impossible ? (1er Partie)

Publié le par Leblanc M.

Il est de notoriété publique que les adaptations de jeux vidéo au cinéma sont synonymes de nanars. S'il est vrai qu'on ne peut pas dire que le genre ait pondu ne serait-ce qu'un chef-d'œuvre, dire qu'il n'a produit que des navets est également faux. Mais plus que d'établir un évident constat d'échec, le but de cet article est surtout de revenir sur les raisons de celui-ci. Car, bien avant d'être des mauvais films, la majorité d'entre eux sont avant tout de mauvais projets basés sur des fondations extrêmement bancales. C'est via 4 films qui ont chacun, à leur sortie, donné des clés à suivre pour aboutir à une bonne adaptation que je vais revenir sur ce mariage raté entre deux des médias les plus populaires de notre époque.

Mortal Kombat : Respecter le produit de base.

Les Adaptations de Jeux Vidéos au Cinéma, un Amour Impossible ? (1er Partie)

Loin de moi l'idée de vous faire croire que Mortal Kombat est un grand film, mais j'affirme sans honte que c'est un bon film et la première adaptation correcte d'un jeu vidéo au cinéma. Pourquoi ? Simplement car il s'agit du premier à avoir compris une notion à la fois toute simple et pourtant vitale : le respect de l'œuvre de base. Quand on parle d'adaptation, il est logique de laisser une part de créativité à l'auteur mais prendre une licence connue du grand public pour livrer un produit qui n'a aucun rapport avec elle ne peut aboutir qu'à un échec ! Si ce concept semble être une évidence implacable, ce n'était pas forcément le cas quand les studios Américains prirent la décision au début des années nonante de mélanger les deux médiums ultra populaires.

 

Mais avant toute chose, revenons un peu en arrière, en 1993 plus précisément, l'année de sortie de Super Mario Bros. au cinéma. À cette époque, les jeux vidéo sont en pleine explosion et le monde du cinéma qui ne comprend pas forcément le fonctionnement de cette industrie à bien l'intention de surfer sur la vague. C'est ainsi que les droits de la licence du jeu le plus populaire de l'époque, Super Mario Bros., sont achetés en vue d'être adapté sur grand écran. Dès le départ, le projet part sur des bases insensées, car si adapter un jeu au cinéma n'est pas forcément idiot, adapter les aventures de Mario l'est par contre complètement. Super Mario ne possède aucun scénario et évolue dans un univers qui n'est logique qu'au travers d'un jeu. En l'état, il est tout simplement impossible de le transcrire sur grand écran. Alors que faire ? Garder le nom et créer tout autre chose avec... Et c'est exactement ce que va faire le film ! Il va tenter de créer tout un univers et une histoire autour des deux plombiers et du royaume champignon. Le résultat final sera bien évidement une insulte aussi bien aux joueurs qu'à tous les fans de cinéma. Mais pouvait-il en être autrement ? Bien sûr que non ! Pour adapter une licence, il faut déjà que celle-ci ait un minimum de rapport avec le média cinématographique ! C'est un peu comme si à l'époque, un producteur avait eu l'idée de dire : « les Pin's fonctionnent à mort, on va faire Pin's le Film ! » !

Super Mario Bros le Film, des débuts bien difficile pour les adaptations de jeux vidéo...

Super Mario Bros le Film, des débuts bien difficile pour les adaptations de jeux vidéo...

Dans le sillage de Super Mario, trois autres adaptations sont lancées. Trois licences qui ont au moins le mérite d'avoir une logique filmique étant donné qu’ils s’agissent de jeux de combats ; genre existant également au cinéma et reposant principalement sur le visuel et non sur le scénario. Pourtant, cela n'empêchera pas les producteurs des deux premiers films de commettre exactement la même erreur qu'avec Mario. Double Dragon et plus encore Street Fighter vont garder le nom de la licence des jeux et les personnages mais en faire tout autre chose. Quand on parle de Street Fighter à quoi pensons-nous ? A des gros bourrins qui se foutent sur la gueule dans un tournois d'art martiaux. Et bien le film ne proposera quasiment aucune scènes de combats ! Street Fighter le film n'est pas un film de combat mais un "actionner" décérébré qui décide de faire n'importe quoi avec sa franchise ! Les personnages n'ont plus rien à voir avec les équivalents numériques et le concept même du film n'est plus le même. Comment espérer de la sorte que les joueurs qui ont passé des heures à faire s'affronter Ryu et Sagat puissent apprécier le film ?

 

C'est à ce moment que va débarquer la troisième adaptation de jeu de baston, Mortal Kombat ! Sans être un chef d'œuvre, il s'agit clairement de la première transposition d'un jeu vidéo à l'écran qui respecte son matériel de base ! Mortal Kombat, c'est quoi ? C'est un tournoi d'arts martiaux ultra sanglant mettant en scène des combattants humains et des guerriers d'une dimension parallèle dans le but de dominer la terre. Mortal Kombat, le film, c'est quoi ? Eh bien c'est exactement la même chose ! C'est le premier bon point du film, que ce soit pour le joueur ou le spectateur de cinéma on ne ment pas sur la marchandise ! Mortal Kombat est une espèce de Bloodsport jumelé à des éléments fantastiques.

 

Bien entendu, le film n'est pas exceptionnel, certains effets spéciaux ont terriblement vieilli, la musique techno est devenue bien ringarde, les acteurs sont très mauvais (mention spéciale à Brigitte Wilson qui joue Sonia) et c'est troublant de bêtises. Mais le film n'a jamais prétendu être autre chose qu'un gros film d’arts martiaux proposant des combats surréalistes entre des monstres à quatre bras et des ninjas capables de geler leurs adversaires ! C'est exactement ce que le film fait, et assez bien d'ailleurs. Tous les personnages du jeu sont repris dans un rôle identique qui s'intègre de manière cohérente au récit. Par exemple, Reptile, qui est un personnage caché dans le jeu vidéo, intervient comme un combattant caché dans l'ombre dans le film.

Deux adversaires qui se font face avant d'entamer leur combat, une image de Mortal Kombat le film qui pourrait tout aussi bien venir du jeu.

Deux adversaires qui se font face avant d'entamer leur combat, une image de Mortal Kombat le film qui pourrait tout aussi bien venir du jeu.

Ce respect, à la limite du fan service, on le retrouve dans tout le film. S'il est impossible pour les producteurs d'inclure les fatalités les plus gore dans un spectacle familial, il décide quand même d'y faire référence en introduisant les plus softs d'entre elles. Il en va de même pour les coups spéciaux qui sont systématiquement introduits dans le film de la manière la plus crédible possible. Cela a pour résultat d'offrir des combats à la fois très dynamiques et cinématographiques mais qui gardent l'aspect « what the fuck » du jeu vidéo. Certains affrontements sont à ce niveau assez mémorables, je pense en particulier à celui opposant Johnny Cage à Scorpion et celui mettant en scène Liu Kang et Reptile.

 

S'il peut être vu aujourd'hui comme un spectacle régressif d’une époque révolue, Mortal Kombat n'est pas un mauvais film, au contraire des adaptations l'ayant précédé. Il est respectueux de son matériel de base et ne propose rien d'autre que ce qu'était le jeu. Techniquement, le film est également très travaillé ; si les images de synthèse ont mal vieilli, certains effets comme l'animatronique de Goro ont toujours énormément de charme. De plus, il offre des chorégraphies travaillées et originales. J'aurais même tendance à dire qu'il est moins idiot qu'il en a l'air en proposant pas mal de second degré et de dérision. Par exemple, lorsque Christophe Lambert sort son fameux rire un peu ridicule qui ressort dans chaque film, son personnage enchaîne directement par un « désolé », empli de honte.

Goro, une créature créé en animatronique qui sent bon les effets spéciaux à l'ancienne.

Goro, une créature créé en animatronique qui sent bon les effets spéciaux à l'ancienne.

En devenant le premier gros succès du genre, Mortal Kombat a donné la première clé de ce qui pourrait permettre à une adaptation d'une licence vidéo ludique de devenir un bon film : le respect du matériel de base ! Les deux dernières adaptations qui sortiront dans les années nonante (Wing Commander et Mortal Kombat Destruction Finale) tenteront de reprendre cette formule. Mais confondant respect et fan service, ils finiront par devenir complètement indigestes et se transformeront en immenses nanars ! Au final, Mortal Kombat restera comme la seule adaptation valable des films sortis dans cette première décennie. Mais il faudra encore attendre quelques années pour découvrir les autres clés essentielles pour aboutir à un film véritablement réussi...

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