Nocturnal Animals

Publié le par Leblanc M.

Nocturnal Animals

Critique: 4/5

 

 

Une styliste en perdition aussi bien artistique que personnelle reçoit un matin un colis contenant le roman que son ex-mari vient d'écrire. La lecture de ce récit, d'une extrême violence, la bouleverse au plus au point. Tout en exerçant une fascination sur elle, il l'a replonge dans son passé. Sous ses allures de thriller, Nocturnal Animals est en réalité un grand film sur le procédé de création artistique. Mettant en opposition l'art contemporain (le générique de début du film en mettra plus d'un mal à l'aise...) et la littérature, le film ne donne pas forcément une bonne image des artistes. Il les présente un peu comme des pervers narcissiques vampirisant leur entourage pour aboutir à leur art. Dans un premier temps, on pourrait se dire que le personnage d'Amy Adams abouti dans son cheminement créatif en détruisant psychologiquement, lors de leur séparation, son ex-mari joué par Jake Gyllenhaal. Cependant, plus le film avance plus l'on constate que finalement les rôles peuvent être totalement interchangeables pour les deux personnages et qu'ils se ressemblent énormément. D'ailleurs, aucun des deux ne semble ressentir le moindre plaisir au travers de leur art. En ce sens, le dialogue entre Amy Adams et Michael Sheen en début de film est totalement révélateur de la vision qu'à Tom Fort du fonctionnement créatif.

 

Venant de la part d'un metteur en scène qui a travaillé pendant des années dans le milieu de la mode, cette analyse est pertinente. D'ailleurs, ce passif de styliste, on le retrouve dans sa réalisation qui est particulièrement élégante. Il joue énormément sur les environnements pour symboliser ses personnages. Addams évolue dans un univers froid et aseptisé, Gyllenhaal dans la chaleur du Texas et l'on se retrouve dans une ville idéalisée pour leurs scènes en commun. Cette utilisation de codes très définis utilisés dans le seul but de nous perdre via des faux semblants, on la retrouve également dans l'écriture des dialogues qui est un modèle du genre. D'une finesse incroyable, on a en permanence l'impression qu'ils ont 3 ou 4 longueurs d'avance sur le récit . On ressent bien que, même s'ils correspondent à la scène à laquelle nous assistons, ils ne prendront leur véritable sens que bien plus tard dans le récit. Cette intelligence d'écriture permet également la mise scène d'un processus très subtil qui nous donne l'impression que c'est l'inconscient d'un personnage qui s'exprime via les dialogues d'un autre protagoniste.

 

Il faut également souligner que le quatuor d'acteurs principaux sert à merveille le texte. Même si Amy Adams a, à mes yeux, rarement été aussi touchante et que Jake Gyllenhaal et Michael Shannon sont comme toujours parfaits, C'est Aaron Taylor-Johnson qui m'a véritablement surpris. Surtout connu pour ses rôles de « good guy » dans des blockbusters comme Kick Ass, Godzilla ou Avengers, il est tout simplement terrifiant en chef de bande sans limite. Même s'il s'agit clairement du personnage le plus symbolique du film, il arrive à lui donner un côté réaliste particulièrement effrayant. Les talents présents sont tels que l'on ressent parfois une légère frustration de voir l’œuvre rester en surface de ces thèmes. Aussi intelligent soit-il, on se dit que le récit aurait pu pousser encore plus loin la mise en abyme.

 

Mais ce n'est qu'un petit détail comparé à la force créatrice qui entoure ce Nocturnal Animals. Il est tout aussi puissant quand il aborde le drame sentimental que le thriller démonstratif. D'ailleurs, dans le genre, la première scène confrontant les personnages de Jake Gyllenhaal et Aaron Taylor-Johnson est une véritable plongée en apnée qui semble interminable ! Passionnant pour sa double lecture permanente et son jeu de miroirs croisant deux récits qui n'en forment qu'un seul, Nocturnal Animals s'impose déjà comme un des grands thrillers de l'année 2017.

 

En deux mots :

Film traitant du procédé de création artistique maquillé en film à suspense, Nocturnal Animals fascine par ses faux-semblants. Extrêmement bien écrit et servi par des acteurs impeccables, il nous entraîne dans deux histoires parallèles qui n'en forment qu'une seule, chacunes étant au final la métaphore de l'autre... Brillant et effrayant, il s'agit du premier grand thriller de l'année.

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