20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (6ème et dernière partie)

Publié le par Leblanc M.

Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau (2001) Peter Jackson :
 

La légende raconte qu'il y a bien longtemps le seigneur des ténèbres Sauron, a tenté de gouverner tous les peuples libres par l'intermédiaire d'un anneau de magique. Seule l'alliance des hommes et des elfes fut assez puissante pour le repousser. Mais l'anneau de pouvoir, dont uniquement la destruction est capable de vaincre définitivement Sauron, fut perdu... Bien des années ont passé et la légende de l'anneau fut oubliée... Jusqu'au jour où l'anneau fut retrouvé par la créature le plus improbable qui soit : un hobbit, une race semi-homme douce et pacifique, qui s'intéresse bien plus à la douceur de vivre qu'à la guerre. Mais c'est de ces êtres pacifiques que dépendra le destin des hommes, des elfes et des nains.
 

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (6ème et dernière partie)

Nous sommes en 2001, à la vieille des fêtes de fin d’années et la fantasy va changer à tout jamais… En effet, la sortie de deux films va complètement modifier l’impact du genre dans l’industrie du cinéma. Le premier volet de la trilogie du Seigneur des Anneaux et le début des aventures d’Harry Potter débarquent dans les salles. A l’époque, le genre est à l’agonie depuis presque 15 ans. Il ne survit qu’au travers des navets honteux (Donjons et Dragons), des suites navrantes de franchises (l’Histoire Sans Fin 3) ou de blockbusters à côté de la plaque (Cœur e Dragon) toujours synonymes d’échecs au box-office. Mais durant le mois de décembre 2001 , tout va changer…

On dit souvent que Le Seigneur des Anneaux est le livre le plus lu au monde après La Bible. Il peut donc sembler surprenant qu’Hollywood n’ai pas tenté plus tôt d’adapter au cinéma les aventures de Frodon, Gandalf et Aragorn. En effet, hormis un dessin animé réalisé par Ralph Bakshi en 1978, le livre de Tolkien n’avait jamais été transposé sur grand écran. Même si Star Wars ou Willow s’en inspiraient fortement, les studios semblaient juger l’œuvre inadaptable. Et pour cause… Le roman étant particulièrement vaste, mettant en œuvre un univers demandant une mise en place très importante et des scènes de bataille dantesques, le travail semblait tout simplement colossal.

C’est finalement de la volonté d’un seul homme que le miracle va se produire. Peter Jackson, fan de la première heure, n’est à l’époque qu’un jeune réalisateur s’étant fait connaître au travers de films gores (Braindead, Bad Taste) et commençant tout juste à toucher au système des grands studios avec Fantômes contre Fantômes. Quand il commence à démarcher avec son projet d’adapter le roman de Tolkien en deux films de trois heures, il n’est de la sorte pas forcément pris au sérieux. Miramax s’engage dans un premier temps mais, effrayé par l’ambition de Jackson, décide de freiner ses ardeurs et demande une adaptation en un seul film. Le réalisateur Néo-Zélandais quittera le navire et trouvera son salut chez New Line Cinéma. Le petit studio qui monte après avoir fait fortune grâce, entre autre, à la série des Freddy. Totalement en confiance, ils vont même jusqu’à proposer à Jackson de réalisé trois films et de lui donner carte blanche pour se lancer dans ce qui sera probablement, à l'époque, le projet le plus ambitieux de l’histoire du cinéma. Une telle folie financière n’aurait jamais pu venir d’un studio déjà bien implanté, mais New Line, qui a rencontré le succès avec un pur film anti hollywoodien comme Se7en, croit en sa bonne étoile.

L’histoire de ce tournage fleuve de presque un an pourrait à elle seule remplir un livre : un budget de 300 millions de dollars, la création du studio d’effets spéciaux Weta, des plans mettant en scènes jusqu’à 700 comédiens,… pour arriver à une trilogie d’une durée totale de quasiment 12 heures dans sa version longue ! Le pari était aussi fou que le succès fut immense ! La sortie de la Communauté de l’Anneau est un succès planétaire. Le film devient un des plus gros succès de l’histoire du cinéma, récolte des éloges de la critique et créé la communauté de fans la plus importante depuis Star Wars ! Le succès ne fera que grandir avec les sorties des épisodes 2 et 3. Au final, la trilogie remporte 17 Oscars (pour 30 nominations) et devient, à l’époque avec Harry Potter, la franchise la plus rentable de l’histoire du cinéma.

Véritable miracle de cinéma, l’aura du Seigneur des Anneaux n’a jamais diminué depuis et restera certainement un des mythes les plus puissants du cinéma avec la saga de la Guerre des Etoiles. Même si, pour beaucoup, le premier volet reste le plus réussi, les trois films forment en réalité une seule saga de près de 12h absolument dantesque. Le retour en terre du milieu de Peter Jackson avec son adaptation du Hobbit ne fédérera pas autant la critique, qui ne retrouvera pas la même ampleur que dans la trilogie de l’Anneau. Par contre le public se rendra de nouveau massivement en salle, prouvant que les spectateurs n’en n’ont pas fini avec l’univers de Tolkien. S’il devait y avoir qu’un film définitif en matière de fantasy, il ne fait aucun doute que Le Seigneur des Anneaux serait celui-là.
 

Harry Potter à l'Ecole des Sorciers (2001) Chris Colombus :
 

Orphelin depuis sa plus tendre enfance Harry ne connaît rien de ses origines et de ses parents. Elevé par son oncle et sa tante qui se montrent très dur envers lui, il se rend bien compte qu'il est différent. Il semble capable de réaliser des prodiges que seul un magicien pourrait produire. Peu avant son 11ème anniversaire, il reçoit une étrange lettre l'invitant à rejoindre l'école de magie de Poudlard où sa formation de sorcier va pouvoir commencer. C'est le début d'un grande aventure pour Harry qui va partir à la découverte de son passé et découvrir, en compagnie de ses nouveaux amis Ron et Hermione, un monde fabuleux où la seule limite semble être celle de notre imagination.
 

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (6ème et dernière partie)

Commençons par couper court au débat : Harry Potter est-il un film de fantasy ? Le couplet des non se fait directement entendre avec comme argument que le film se passe à notre époque contemporaine. Certes oui, mais n’es ce pas le cas également de l’Histoire Sans Fin ou du Magicien d’Oz ? Alors l’on pourra me dire que l’introduction de ces deux films se passe bien à notre époque mais que les mondes d’Oz et de Fantasia sont des univers indéfinis non reliés à notre propre univers. Mais n’en est-il pas de même pour l’univers du petit sorcier à lunette ? Hormis l’introduction se passant généralement chez la famille Dursley, les films se déroulent exclusivement dans l’univers des sorciers qui est sans lien réel avec le modernisme de notre société. Que ce soit l’école de magie de Poudlard, le village de Pré au Lard ou encore le Chemin de Traverse, tous les lieux fréquentés par Harry et ses amis peuvent-être reliés à une époque médiévale et n’ont aucune attache au réalisme de notre société. Alors, certes, l’interaction entre les deux mondes existe mais elle reste, du moins durant les 6 premiers films, tellement légère quelle ne justifie pas de ne pas inclure la saga dans le genre.

Le succès de Harry Potter vient de l'intelligence de l'écrivaine J.K. Rowling qui, si elle n'a rien inventé, a réussi à ingérer, digérer et régurgiter un énorme pan de la mythologie. La série de romans réussi à moderniser la fantasy et à la faire découvrir au jeune lecteur. Plus fort encore, les romans grandissent en même tant que le public. Si les 2 premiers ouvrages sont très enfantins, les volumes 3, 4 et 5 deviennent de plus en plus sombres. Les 2 derniers romans étant devenus clairement orientés public jeunes adultes. Bien avant la fin de publication du cycle littéraire, Hollywood s'intéresse à une adaptation. Spielberg veut dans un premier temps s'emparer du personnage et le faire jouer par Haley Joël Osment. Rowling refuse catégoriquement ! Même si elle accepte de vendre son travail au studio américain, l'empreinte purement britannique du roman doit être respectée.

Finalement les producteurs comprennent bien que le succès du roman est dû au talent de Rowling et ils décident de lui laisser un champ libre particulièrement large pour un auteur. Chris Columbus, un réalisateur qui s'est illustré dans le cinéma familial avec Home Alone ou Mrs Doubtfire, est engagé. A la fois rompu au gros budget et assez transparent dans ses ambitions artistiques, Columbus semble un choix cohérent. Le casting, pour sa part, est composé du gratin du cinéma anglais : Richard Harris, Alan Rickman, John Cleese ou encore Maggie Smith. Pour les rôles d’Harry, Hermione et Ron, les jeunes débutants Daniel Radcliffe, Emma Watson et Rupert Grint sont castés. Doté d'un très gros budget de 125 millions de dollars, la production est ambitieuse et le film se veut être un événement.

Et c'est ce qu'il sera ! Même si les critiques sont parfois mitigées, le public se rue en salle. Si l'on critique le jeu des jeunes acteurs, certains effets-spéciaux et le manque d'ambition par rapport au Seigneur des Anneaux, le public n'en a cure. Les enfants sont fascinés par le film et le succès est fracassant. Le premier volet de la franchise rapporte pas moins de 975 millions de dollars ! Un score faramineux que seul Titanic avait réussi à atteindre à l'époque.

La suite, on la connaît : 8 films et 8 cartons au Box-office ! Même si le 3ème épisode (Le Prisonnier d'Askaban) sera le seul à être une véritable réussite artistique, la saga va marquer le genre de façon indélébile. Pendant plus de 10 ans, le public va suivre Harry, Ron et Hermione dans leurs aventures et découvrir en leur compagnie une mythologie qu'ils avaient oubliée. Véritable symbole du divertissement familial, les films vont relancer, avec le Seigneur des Anneaux, le genre et en faire le fer de lance des blockbusters Hollywoodiens.

Stardust (2007) Matthew Vaughn :
 

Tristan est un jeune et fougueux jeune homme habitant le village de Mur, un village nommé de la sorte en raison de la gigantesque muraille l'entourant que personne n'a le droit de franchir. Fou d'amour pour la jeune Victoria, une jeune fille ne voyant en lui qu'un ami, Tristan est prêt à tout pour la séduire. Un soir, il aperçoit une étoile filante s'écrasant juste de l'autre côté du mur. Bravant tous les interdits, Tristan décide de passer au-delà de celui-ci pour ramener l'étoile à Victoria en gage d'amour. Il pénètre donc dans le royaume magique de Stormhold et découvre que l'étoile est en réalité une jeune fille qui se révèle être la quête de bien des convoitises au sein de ce royaume fantastique.
 

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (6ème et dernière partie)

Les conséquences du succès de la trilogie de l’anneau et des aventures du petit sorcier sur le cinéma de fantasy furent tout simplement sans précédent. Du jour au lendemain, le genre est devenu rentable et c’est des dizaines de projets qui voient le jour. L’on passe ainsi à des productions démesurées mais sans âme tentant de rééditer le succès des deux franchisses précitées (la trilogie Narnia ou La Croisée des Mondes) au blockbuster nanardesque (Eragon). Finalement, peu de films tirent véritablement leur épingle du jeu. Si Les Chroniques de Spiderwick et La Légende de Beowulf comportent de nombreuses qualités, les 2 films les plus réussis (Bridge to Terabithia et Le Règne du Feu) n’appartiennent pas vraiment au genre, le premier étant un mélodrame déguisé en fantasy familiale pour surfer sur le succès du genre et le second étant un film de science-fiction post apocalyptique incorporant des dragons. Il faudra véritablement attendre la sortie de Stardust pour accoucher d’un vrai chef d’œuvre.

Sorti en 1999 le roman graphique à l’origine du film est directement acheté en vue d’être adapté au cinéma. Ecrit de la main de Neil Gaiman, auteur entre autre des comics cultes Sandman, le roman mettra presque 10 ans avant d’être transposé à l’écran. En cause : des désaccords entre Gaiman, très attentif au devenir de son œuvre, et les producteurs. Bien qu’il ne soit pas braqué sur l’idée d’une adaptation fidèle, il souhaite cependant avoir un droit de regard sur le traitement de son œuvre. L’arrivée du cinéaste et producteur Matthew Vaughn sur le projet va grandement accélérer les choses. L’entente entre l’écrivain et le cinéaste est très bonne et ils conviennent rapidement d’un traitement plus léger que celui du livre, incluant plus d’humour et moins de violence. Si, à l’accoutumée, ce genre du choix artistique est peu payant, il fonctionne à merveille pour Stardust.

Pour interpréter chacun des personnages, un acteur de grand renom est engagé. Le film se retrouve donc avec un casting d’enfer incluant Claire Danes, Robert De Niro, Michelle Pfeiffer, Rupert Everett, Mark Strong ou encore Peter O’Toole. Seul le rôle principal est confié à un comédien inconnu, le débutant Charlie Cox (future Daredevil). Ce choix est assez cohérant dans la mesure où le personnage de Tristan représente une certaine innocence et est, comme le spectateur, vierge à l’univers fantastique dans lequel il est plongé. De plus, l’alchimie entre Cox et Danes est réelle et renforce la crédibilité de leur histoire d’amour. Même si une bonne partie du confortable budget de 75 millions de dollars est engloutie par ce casting de rêve, le film se distingue par ses superbes décors et des fantaisies visuelles tels qu'un impressionnant bateau volant.

Sorti à la fin de l’été 2007 au cinéma, le film, malgré des critiques assez enthousiastes, sera un demi-échec, principalement dû à une date de sortie totalement incompréhensible. Alors que le film aurait idéalement trouvé son public durant les fêtes de fin d’années, il débarque à la fin d’un  été chargé en termes de blockbusters. En effet, viennent de se succéder en quelques semaines les 3èmes épisodes de Shrek, Spider-Man, Jason Bourne et Pirates des Caraïbes, le 4ème Die Hard, le 5ème Harry Potter, Ratatouille, Les Simpsons et le 1er volet de Transformers ! Cerise sur le gâteau, le film sort le même jour que Rush Hour 3 pour couronner ce qui restera comme le plus gros été de l’histoire en termes de blockbuster. Face à de telles franchises il est très difficile de trouver son public. Quand on sait que l’hiver 2007 était pour sa part très pauvre en sortie (d’où le triomphe d’un film aussi anodin que I Am Legend) et que le genre se prête nettement mieux à cette période de l’année, la date de sortie de Stardust restera comme un choix particulièrement étrange. Preuve que les producteurs ne croyaient probablement pas à ce film qu’ils jugeaient trop « bizarre ». Aujourd’hui encore, il est difficilement compréhensible que le meilleur des nombreux films surfant sur la vague du Seigneur des Anneaux soit également le premier à rencontrer un échec public.

Même si les termes « frais, drôle et romantique » restent les plus  adaptés pour décrire ce merveilleux film qu’est Stardust, il va marquer le début de la fin de la fantasy post Frodon et Potter. Le bide monumental d’A la Croisée des Mondes et les grosses déceptions financières des épisodes 2 et 3 de Narnia vont définitivement finir de refroidir les studios. Même si le genre sera de nouveau couronné de succès via les adaptations à grand spectacle des contes de fées (voir les triomphes de Maléfique, Blanche-Neige et le Chasseur ou Alice au Pays des Merveilles) et les aventures du Hobbit, il semble aujourd'hui de nouveau dans le creux de la vague. Si il reste très vivant à la télévision via la succès de la série Game of Thrones, il n'a plus rencontré de le succès dans les salles obscures depuis trop longtemps. Et même s'il est sorti en 2007, c’est à Stardust que revient le titre de meilleur film de fantasy de ces 10 dernières années.

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