20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (5ème Partie)

Publié le par Leblanc M.

Legend (1985) Ridley Scott :


Jeune et insouciante la princesse Lili s'ennuie au palais, elle n'aspire qu'à l'aventure et est fascinée par le monde magique. Dès qu'elle en a l'occasion elle s'enfuit pour partir retrouver son ami Jack, qui connaît la magie des bois comme nul autre. Le seigneur des ténèbres, qui rêve d'étendre l'obscurité et l'hiver éternel sur le monde, voit en cet amour naissant une opportunité. En effet, seul la magie des licornes l'empêche d'étendre son pouvoir. Mais la cachette de ces créatures légendaires n'est connue que de très peu d'humains et seul une princesse innocente peut espérer les approcher. Jack et Lili détiennent à eux deux la possibilité d'approcher les deux dernières licornes de la forêt.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (5ème Partie)

C’est un gros projet qui voit le jour en 1985. Le genre est au sommet de sa popularité et le succès de Dark Crystal a prouvé qu’un spectacle familial pouvait trouver son public. C’est l’occasion rêvée pour Ridley Scott de mettre en scène un projet qu’il a en tête depuis de nombreuses années. Depuis qu’il a tourné en France les Duellistes, il est très attaché à la culture européenne et particulièrement à sa mythologie. Il découvre le cinéma de Jean Cocteau ou les contes des frères Grimm. Son intention de porter cet univers à l’écran est réelle mais, à l’époque, le jeune réalisateur n’a pas encore fait ses preuves et la fantasy est pour ainsi dire inexistante au cinéma. Scott se lance alors dans d’autres projets et réalise coup sur coup Alien et Blade Runner. Suite aux succès des deux films, associés à la popularité nouvelle de la fantasy, les studios ouvrent leurs portes à Scott et lui laissent le champ libre pour mettre en scène son projet de conte de fées.

Le projet est ambitieux. Tom Cruise (qui vient de cartonner avec Risky Business) et Mia Sarrah sont engagés pour jouer Lili et Jack le couple de héros. Tim Curry, pour sa part, se glisse sous l’impressionnant maquillage de Lord Darkness et David Bennent (l’étrange héros du Tambour) et enfile la panoplie de l’elfe Gump. Jerry Goldsmith s’occupe de la bande originale et Rob Bottin dont personne n’a oublié l’incroyable travail réalisé sur The Thing s’occupe des effets spéciaux. Un casting de stars, un réalisateur déjà culte, un budget plus que confortable et une équipe technique rêvée… Tout semble mis en place pour faire de Legend  une production idyllique ! Malheureusement rien ne se passera comme prévu…

Dès le début du tournage, les ennuis commencent… Alors que le film est intégralement tourné en studio, un incendie se déclare sur le plateau voisin où est mis en scène le dernier James Bond, Dangereusement Votre. Un des principaux décors du film (la forêt) doit alors être reconstruit le plus rapidement possible. Outre le coup financier de l’opération, Scott est obligé de remanier son script. Le montage du film ne se présente pas mieux, les dirigeants d’Universal restent totalement réfractaires au travail de Scott. Ils trouvent le film trop européen. A leurs yeux il manque de rythme et de modernité. Ils décident donc de le remonter pour l’exploitation américaine. Plusieurs minutes sont supprimées et le score de Goldsmith est remplacé par une musique pop du groupe Tangerine Dream.

Si le film réalise une carrière correcte en Europe dans son montage original, la version américaine reçoit pour sa part une volée de bois verts de la part de la critique, ce montage, rejeté par son réalisateur, étant une véritable aberration. Les spectateurs sont au diapason. La musique électronique totalement anachronique et l’enchaînement des plans parfois incompréhensible sont unanimement détestés. Avec des recettes d’à peine quinze millions de dollars pour un budget deux fois supérieur, le film est un cuisant échec !

Suite à la catastrophe Legend, les studios vont directement remettre en cause l’âge d’or d’un genre nouvellement créé. Plutôt que de s’interroger sur leurs choix artistiques incompréhensibles, ils vont miser sur un désamour du public pour les contes de fées. S’il est vrai que le film est rejeté à sa sortie, les distributions en vidéo de la version Européenne, et plus encore du Director’s Cut, vont totalement réhabiliter le film au pays de l’Oncle Sam. Il a d’ailleurs aujourd’hui gagné son statut de film culte et reste considéré comme un des plus grands films de fantasy jamais réalisé. Même si l’on ne peut réécrire l’histoire, le genre aurait probablement évolué de façon bien différente si le film voulu par Ridley Scott avait pu atteindre les salles obscures en 1985…

Histoires de Fantômes Chinois (1987) Ching Siu-Tung:


Nieh Hsiao-tsing, un jeune prospecteur d'impôt à la fois trop bon et trop naïf pour son travail, doit affronter le rejet des citoyens lors d'une prospection dans la campagne reculée. Ne trouvant personne pour lui offrir le gîte pour la nuit, il est contraint d'aller se réfugier dans un ancien temple, réputé hanté. Là-bas, il fait la rencontre d'une mystérieuse jeune fille, la très bellex Ning Tsai-shen. Condamnée par un maléfice, elle doit séduire les hommes passant la nuit dans le temple pour les livrer en pâture au démon arbre Lau Lau. Mais Nieh se révèle très différent des autres hommes, à la fois plus doux et tendre. Ning tombe sous son charme et décide de trahir son maître pour le sauver.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (5ème Partie)

Suite à son aventure sur Zu, Tsui Hark a lancé une nouvelle vague en Asie et créé un nouveau genre. Afin de pouvoir donner libre court à ses idées foisonnantes il va aller jusqu’à créer ses propres studios Film Workshop, pas uniquement pour produire de façon indépendante ses propres productions, mais également pour financer des projets de réalisateurs talentueux qui lui tiennent à coeur. C’est dans ce conteste que va être réalisé un film qui, aujourd’hui encore, fait office de référence dans le cinéma de fantasy asiatique.

Si la paternité d’Histoires de Fantômes Chinois est régulièrement attribuée à Tsui Hark dans les croyances populaires, il n’en est pourtant que producteur. S’il est vrai que le style visuel du film renvoie directement au travail du réalisateur de Zu, c’est bien à Ching Siu-Tung que revient la paternité du métrage. Mais l’omniprésence de Hark sur le tournage a forcément influencé le travail de Siu-Tung, les deux hommes ayant travaillé de concert pour faire de cette nouvelle adaptation d’un conte de Pu Songling le film qui fera découvrir à l’occident le cinéma fantastique asiatique. Pour mener à bien leurs projets et s’assurer un succès, du moins en Asie, les deux hommes engagent la super star Leslie Cheung, un chanteur pop populaire qui vient de cartonner au cinéma dans Le Syndicat du Crime de John Woo. Le reste du casting est composé de figures connues du cinéma Hongkongais comme Wu Ma et Siu-Ming Lau et de la jeune débutante Joey Wang.

Le tournage des productions Film Workshop fut connu comme étant souvent chaotique, Hark, qui avait choisi de devenir producteur pour permettre une plus grande liberté aux auteurs, outrepassant régulièrement son rôle. S’il veut privilégier l’approche artistique des projets, il a tendance à régulièrement oublier que sa vision de l’art n’est pas forcément celle des autres réalisateurs… Ainsi, certains grands noms comme John Woo garderont de bien mauvais souvenirs de leurs collaborations. Mais, étrangement, l’entente entre Siu- Tung et Hark sera parfaite sur Histoires de Fantômes Chinois, chose extrêmement rare, d’autant plus sur une super production. Siu-Tung étant encore un jeune réalisateur en début de carrière, il est fort probable que son rapport avec Hark ait plus tenu de celui de maître à élève que de producteur à réalisateur. Sans dénigrer le talent de Siu-Tung (qui réalisera entre autre la trilogie Swordman), le partage d’idées entre les deux hommes
semble évidant à l’écran.

Mélangeant allégrement les genres, passant de la tragédie à la comédie, de l’horreur à un érotisme vaporeux, le film est une splendeur visuelle. Énorme succès en Asie, il va être distribué partout dans le monde, même si c'est surtout en France, après avoir marqué le festival d’Avoriaz, que le film va se faire remarquer. Que ce soit au États-Unis ou en Allemagne, le film ouvre l’occident au cinéma de genre oriental. Le succès est tel que deux suites (d’un niveau inférieur) et un dessin animé seront produits quelques années plus tard.

Devenu au fil des ans la véritable référence en matière de fantasy asiatique, Histoires de Fantômes Chinois reste aujourd’hui encore le meilleur film du genre. Synthèse absolue, regroupant tout ce qui fait son succès (chorégraphie, musique, mélange des genres, humours,…), le film engendra un nombre de copies énorme, passant de la pure comédie au cinéma érotique voir même pornographique. Toujours populaire à l’heure actuelle, l’héroïc-fantasy asiatique doit énormément à Histoires de Fantômes Chinois. Sans son succès international et ses qualités formelles époustouflantes, le genre n’aurait probablement pas survécu et atteint un tel degré de popularité.

Willow (1988) Ron Howard:


Une ancienne prophétie annonce que le règne de terreur de la reine Bavmorda prendra fin lorsqu'un bébé possédant une marque magique sur le bras viendra lui reprendre son royaume. La puissante sorcière fait alors emprisonner toutes les femmes enceintes du pays pour surveiller chaque naissance. Mais lorsqu'une jeune fille portant la marque voit le jour, sa mère réussit avec l'aide de sa nourrice à la faire s'échapper du château. Pourchassée par les troupes de Bavmorda et de son bras droit le général Kael, la nourrice abandonne l'enfant dans un couffin sur la rivière. L'enfant vogue au fil de l'eau jusqu'à arriver au village des Melwins où elle est recueillie par Willow, un jeune fermier.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (5ème Partie)

La boucle est bouclée. Lucas, qui a initié indirectement le genre avec Star Wars, décide en 1988 d’en réaliser le film de référence ultime. Avec Willow, ses intentions sont très claires, le film n’est rien d’autre qu’une transposition de Star Wars version héroïc-fantasy. Un jeune fermier doté d’un don pour la magie (Willow/Luke) se retrouve à la tête d’une quête qui semble le dépasser. Il sera aidé par un mercenaire (Matmartigan/Han Solo), une princesse (Sorja/Leïa), deux sydekicks comiques (Franjean et Rool/R2D2 et C3PO) et une magicienne qui lui apprendra à maîtriser ses pouvoirs (Finrazel/Obi Wan). Ils devront vaincre une sorcière maléfique (Bavmorda/L’Empereur) et son général masqué (Kael/Dark Vador)… La comparaison est plus que troublante : elle est évidente.

Comme il l’a fait pour les épisodes 2 et 3 de Star Wars et pour la série des Indiana Jones, Lucas décide de laisser la réalisation à un autre, se consacrant intégralement à son rôle de producteur. Il voit en Ron Howard, qui vient d’enchaîner des gros succès avec Splash et Cocoon, l’homme de la situation. Le budget du film est énorme et atteint la somme de 35 millions de dollars ! Une somme qui en fait une des productions les plus importantes de l’époque. Bien que frileuse suite à l’échec de Legend, la MGM accepte de se lancer dans l’aventure, le simple nom de Lucas étant synonyme de poule aux oeufs d’or. Comme Star Wars en son temps le casting ne comporte pas de star. Val Kilmer vient tout juste de se faire remarquer dans Top Gun et Top Secret, tandis que Warrick Davis n’avait qu’un rôle d’Ewok comme fait d’arme marquant. Par contre l’équipe technique est à la pointe ! ILM aux effets spéciaux et James Horner à la musique.

Le tournage débute en grande pompe en avril 1987 et s’étale sur 3 continents. Les équipes voyagent du Pays de Galle à la Nouvelle Zélande en passant par l’Angleterre et les Etats-Unis. De son côté ILM conçoit des effets spéciaux révolutionnaires pour l’époque dont la première grande scène de morphing à l’écran. Super production oblige, le tournage à peine commencé, la promotion débute. Le film doit devenir un succès de l’ampleur de Star Wars ou d’E.T.

C’est un véritable matraquage médiatique qui précède la sortie du film lors de l’été 1988. Publicité, couvertures de magasine, émissions spéciales à la télévision, jeu vidéo,… Même si ce genre de marketing est courant aujourd’hui, ce n’était pas le cas à la fin des années 80. Pourtant, lorsque les premiers chiffres tombent, c’est la déception… 8 millions de dollars pour son premier WE et moins de 60 millions au final. Des chiffres très corrects en soit mais très loin de l’attente des studios et proche de l’échec compte tenu des ambitions démesurées. Comme si cela ne suffisait pas, le film récolte de mauvaises critiques et l’on reproche à Lucas de faire du sous Star Wars (ce qui n’est pas tout à fait faux).

Alors qu’il devait-être le film de fantasy ultime, Willow est un échec. Imprévisible, cette déconvenue va chambouler le genre. Alors qu’il devait à la base en faire le fer de lance des grosses productions, il s’est avéré en être le fossoyeur. Il faudra quasiment 20 ans avant que les studios décident d’à nouveau y investir massivement. Pourtant, avec le recul, le film d’Howard était une vraie réussite. Il réunit tous les ingrédients d’une grande aventure épique, des personnages attachants, des décors, paysages et effets spéciaux splendides, une histoire à la fois simple et universelle… Au final, les années ont permis au film de trouver la place qui devait être la sienne à la fin des années 80.

Le 13ème Guerrier (1999) John McTiernan :


Au début du 10ème siècle, Ahmed Ibn Fahdlan, un homme de lettre ayant séduit une des courtisanes du Sultan, est envoyé en punition comme ambassadeur en Asie Mineure. Attaqué par une horde de barbares il ne doit son salut qu'à l'arrivée inopinée d'un groupe de vikings. Ahmed décide d'aller à leur rencontre et de découvrir la culture de ce peuple du nord. Il assiste au couronnement de leur nouveau chef Buliwyf et tente de partager son savoir avec eux. Mais rapidement, un jeune garçon vient les prévenir que leur roi, Rothgar, a besoin de renfort. Son royaume est attaqué par des créatures étranges, mi-hommes mi-bêtes, les Wendols, massacrants tout sur leur passage.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (5ème Partie)

La déception de Willow va définitivement clôturer la vague eighties de la fantasy. Pendant plus de 15 ans le genre va s’éteindre, les spectateurs étant de plus en plus attirés par la science-fiction. Les triomphes de films tels que Terminator 2, Independence Day ou Matrix ne poussent pas les studios à miser sur les fées et les gobelins. Dans ce contexte, la réussite artistique du 13ème Guerrier fait office de petit miracle.

Mais peut-on réellement relier le film au genre ? Pour beaucoup il s’agit d’un film d’aventure médiévale ne comportant aucun élément surnaturel. S’il est vrai qu’aucun aspect fantastique n’est clairement établi, aucun élément n’est clairement rationalisé non plus. Si les Wendels ne sont pas des monstres et ont bien une apparence humaine rien n’indique qu’il s’agit pour autant d’hommes. De même, le personnage de la voyante est peut-être une simple prêtresse viking mais elle peut aussi bien être investie de réels pouvoirs. Tout est une question de point de vue et croyance, et c’est finalement le thème principal du film.

Si le film est connu aujourd’hui, c’est principalement à cause de sa production chaotique. A l’origine, sa genèse provient de la rencontre de deux talents : le romancier Michael Crichton dont les droits des romans s’achètent à prix d’or depuis le succès de Jurassic Park et John McTiernan, le spécialiste du cinéma d’action à qui l’on doit Die Hard ou Predator. Possédant les droits du roman, Disney n’hésite pas à réunir les deux hommes pour produire le film via sa filiale « Touchstone Pictures ».

Si l’entende entre les deux hommes semble cordiale au début, elle va rapidement se détériorer au fur et à mesure du tournage. Crichton, jouant le rôle de producteur sur le film, est alors au sommet de sa gloire. Tout ce qui touche de près à son nom se transforme en or et son statut à Hollywood dépasse largement celui d’écrivain à succès. Quant à McTiernan, même s’il reste un cinéaste apprécié des studios, l’échec de Last Action Hero, sur lequel il avait les mains libres, n’a pas été oublié. Ainsi, lorsque les premières différences de point de vue apparaissent entre les deux artistes, c’est à Crichton qu’on donne le dernier mot. Les conflits augmentent et le budget aussi. Etabli au départ à 85 millions de dollars, il passe rapidement à 100 et ce n’est qu’un début…

Une fois le tournage terminé, les visions artistiques de l’auteur et du réalisateur sont devenues inconciliables. Crichton refuse que le film sorte en l’état. Il retourne une grande partie de celui-ci, faisant grimper le budget à 160 millions de dollars. Il demande également à Jerry Goldsmith de composer un nouveau score, n’étant pas satisfait de celui composé à la base par Graeme Revell. C’est avec des mois de retards et la réputation de film malade que débarque en salle Le 13ème Guerrier.

Le flop est retentissant ! Le film étant massacré et décrié de toute part. Crichton est diabolisé et McTiernan devient un génie maudit pour les critiques. Les rumeurs les plus folles apparaissent, l’on parle entre autre d’une version director’s cut de 2h30 absolument grandiose. Si l’on sait aujourd’hui qu’il n’en est rien et que la version de McTiernan ne durait qu’une petite dizaine de minutes en plus, le réel impact de l’auteur de Jurassic Park reste mystérieux. Ce qui est certain par contre c’est que rien dans le montage exploité en salle ne justifiait un tel déchaînement de haine. Le film étant en l’état particulièrement épique et très largement au-dessus de la moyenne des blockbusters hollywoodiens. Si le chef d’oeuvre McTiernan restera probablement éternellement un fantasme de cinéphile, celui réalisé par le duo McTiernan/Crichton reste lui bien réel.

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