20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (4ème Partie)

Publié le par Leblanc M.

Dark Crystal (1982) Jim Henson/Franck Oz :

Un autre monde, un autre temps, à l'âge du fantastique... Il y bien longtemps de cela, le Cristal, symbole de l'unité dumonde, fut brisé. De son éclat, naquirent deux nouvelles espèces, les sages et doux Mystics et les cruels et vils Skeksès.Mais l'heure est venue à présent pour le Cristal de se reformer. La prophétie annonce qu'un Gelfling retrouvera l'éclat de cristal et mettra fin au règne des Skeksès. Mais après le massacre de son peuple, il ne reste plus aujourd'hui qu'unseul Gelfling, le jeune Jen, protégé par les Mystics et élevé par le plus sage d'entre eux. Le temps du voyage et de l'aventure est arrivé pour Jen qui doit accomplir sa destinée.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (4ème Partie)

C’est véritablement en 1982 que le concept, aujourd’hui fort répandu, du film de fantasy de Noël a vu le jour. C’est à cette époque que Jim Henson, le génial marionnettiste créateur du Muppet Show, décide de se lancer dans un projet fou qui lui tient particulièrement à cœur. Fort du succès des aventures de Kermit et Miss Piggy, Henson est devenu une personnalité influente et populaire. L’adaptation cinématographique de son show télévisé rencontre un  grand succès et les portes des studios commencent à s’ouvrir.

Alors que beaucoup s’attendaient à un nouveau délire dans l’esprit des Muppets, Henson veut se servir de son art pour créer à l’écran un univers fantastique et merveilleux. Grand fan de conte de fées, il a depuis longtemps en tête le projet de réaliser un métrage dans lequel il pourrait créer intégralement un monde fantastique et merveilleux à base de marionnettes. Devant l’ampleur du projet, il demande à son plus proche collaborateur, Frank Oz, de co-réaliser le film. Il s’associe également avec le dessinateur Brian Froud, spécialiste de conception visuelle fantastique, pour créer son univers.

La pré-production du film est particulièrement longue et fastidieuse, d’un point de vue  technique, les ambitions d’Henson étant énormes. L’entièreté des personnages du film étant « interprétées » par des marionnettes. De plus, il compte mettre en scène des dizaines de  créatures différentes et des décors très variés dans le but de créer un univers foisonnant et crédible. Il est même envisagé pendant un temps de sous-titrer le film et créer un langage  propre pour les Skeksès et les Mystics. Cette idée, encore trop novatrice pour le public de l’époque, ne sera finalement pas retenue.

Véritable bouffé d’air frais visuelle, Dark Crystal sort aux Etats-Unis juste avant les fêtes de fin d’année 1982. Proposant un univers d’une richesse inédite pour l’époque qu’on croyait dévolu au cinéma d’animation, le film s’adresse à toute la famille. Les enfants sont émerveillés par la beauté des décors et des créatures fantastiques, tandis que leurs parents découvrent une aventure bien plus complexe qu’il n’y paraît. Sous couvert d’une classique lutte du bien contre le mal, le film propose un lecture politique qui pourrait se rapprocher des tiraillements gauche/droite. Le succès, aussi bien critique que public, sera de la sorte au rendez-vous. Le film arrivera même à associer, inconsciemment, la fantasy à la période de Noël.

L’héritage de Dark Crystal reste encore très puissant à l’heure actuelle. Proposant pour la première fois à l’écran les bases d’un univers fantastique créé de toutes pièces (le film ne comporte pas un seul personnage « humain »), le chef d’oeuvre d’Henson a établi les carcans, encore d’actualité aujourd’hui, de la fantasy familiale. La même équipe retentera l’exploit avec Labyrinthe en 1986, mais le film, à la fois moins réussi et plus académique, ne connaîtra pas le même succès. Henson marquera cependant une nouvelle fois le genre 1988, mais à la télévision cette fois, avec la splendide série The Storyteller (Monstres et Merveilles en français). Le papa de Kermit décèdera malheureusement prématurément deux ans plus tard. Laissant derrière lui une carrière remarquable mais également de nombreux projets non aboutis, dont une suite The Power of the Dark Crystal qui ne verra jamais le jour.

Zu, les Guerriers de la Montagne Magique (1983) Tsui Hark :

Dans une Chine médiévale, où la magie et les légendes font partie du quotidien, les guerres civiles divisent les différents royaumes. Au coeur de la montagne sacrée, Zu, une créature démoniaque attend son heure, prête à assouvirles populations déchirées. Un groupe de courageux héros guidés par un jeune soldat encore inexpérimenté entreprend une quête pour venir à bout de cet être maléfique. Ils n’ont cependant que 49 jours devant eux avant que le monstre, enfermé au plus profond de la montagne de Zu, ne retrouve sa pleine puissance. Une lutte contre la montre s’engage alors entre les forces du bien et les forces du mal.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (4ème Partie)

Pendant que l’Occident se rue en salle pour voir des bodybuildeurs manier de grosses épées (aucun double sens dans cette phrase…), un cinéma de fantasy grand public est en train de  voir le jour en Orient aussi. Si les productions hongkongaises sont toujours dominées par les films de kung-fu de la Shaw Brothers, le vent du changement commence à se faire sentir. Le marché international se développe et de nouveaux genres tels que l’érotisme et la comédie  émergent. Le cinéma se modernise. C’est à ce moment qu’est lancée la production de la  première superproduction de fantasy asiatique.

La Golden Harvest, qui fait fortune avec les films de Bruce Lee et Jackie Chan, décide de ce diversifier et de surfer sur la vague de la nouveauté. Elle engage alors un jeune réalisateur prometteur et bourré de talent pour mener à bien leur projet, Tsui Hark. Le budget du film est particulièrement conséquent pour une production hongkongaise et l'enthousiasme est de mise lors de la préproduction.

Le tournage de Zu, les Guerriers de la  Montagne Magique démarre donc sur les meilleurs augures. Tout semble parti pour marquer une nouvelle page du cinéma hongkongais. Malheureusement, les meilleures intentions ne sont souvent pas suffisantes. Le manque d’expérience du jeune réalisateur mais également de ses producteurs va avoir pour effet de transformer le tournage en cauchemar. Effets spéciaux trop complexes, problèmes  scénaristiques obligeant des réécritures au jour le jour, dépassement de budget,… Rien ne sera épargné, à tel point que la Golden Harvest décide de couper les vannes financières. Hark ira même jusqu’à proposer de tourner gratuitement pour sauver le film.

Épuisé par le tournage, il voit son film sortir en salle dans une incompréhension quasi générale. Le public trouve le film trop fou, trop étrange, trop fantastique,… Il est tellement éloigné des standards du film de sabres que l’échec commercial est total ! Le salut viendra de l’occident. Finalement plus préparés que les asiatiques à ce genre production, les européens découvrent le film au travers de différents festivals. A chaque fois, les réactions sont les mêmes : un enthousiasme démesuré pour une oeuvre totalement folle. La réputation du film commence à s’étendre. A tel point qu’il sort aux USA, dans une version légèrement adaptée pour le marché américain. Résigné à réaliser des films de commande, Tsui Hark se voit directement réévalué et son film devient également culte dans son pays.

20 ans après sa sortie Zu, les Guerriers de la Montagne Magique reste un métrage totalement atypique. Coloré, fou, démesuré, c’est une véritable orgie visuelle. Si par la suite le genre s’est totalement implanté en Asie et que de nombreux chefs d’oeuvre du genre ont atteint le statut de film culte (dont le superbe The Bride with the Withe Air en 1993), Zu reste un film remarquable bien en avance sur son époque. Quand a Tsui Hark il deviendra un des réalisateurs les plus précieux du cinéma hongkongais en sortant des oeuvres aussi mythiques que la trilogie Il Etait une fois la Chine ou Seven Swords.

L’Histoire Sans Fin (1984) Wolfgang Petersen :

Depuis la mort de sa mère, le jeune Bastien se sent seul. Incompris par un père qui le voudrait moins rêveur et martyrisé par ses camarades de classe, il s'évade par la lecture. Alors qu'il est poursuivi par trois brutes sur le chemin de l'école, il trouve refuge dans une étrange librairie. Comprenant rapidement que le jeune garçon est doté d'un imaginaire foisonnant, le propriétaire des lieux lui parle d'un ouvrage unique en son genre : L'Histoire Sans Fin. Bien qu'étant mis en garde sur les dangers du livre, Bastien ne sait pas résister à la tentation de l'emprunter. Au travers des pages, il découvre le monde de Fantasia et les aventures du  guerrier Atreyu qui semblent faire écho de sa propre vie...

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (4ème Partie)

Les succès de Conan et Dark Crystal ont permis au genre de s'implanter au États-Unis. La production alterne entre gros budgets (Krull, Conan le Destructeur) et série B (Beastmasters, The Sword and the Sorcerer). Même si la qualité de la majorité de ces films se révèle au mieux anecdotique, ils remportent tous un succès certain en salle. A tel point que l’Europe décide elle aussi de tenter l’aventure au travers d’une adaptation du classique de la littérature fantastique allemande L’Histoire Sans Fin de Michael Ende.

La société de production allemande Bavaria Film décide de coproduire le film en association avec les États-Unis pour débloquer ce qui devient le plus gros budget de l’histoire du cinéma germanique avec 27 millions de dollars. Wolfgang Petersen, qui vient de triompher avec Das Boot, est engagé et il est décidé que, pour faciliter la distribution internationale, le film sera tourné en Anglais. Dans le même ordre d’idée, vu la densité du roman, les producteurs décident de n’en adapter que la première partie. Cela permet à la fois de limiter l’ampleur du projet et de laisser une porte ouverte à une éventuelle suite en cas de succès.

Le tournage débute en Allemagne et au Canada durant l’été 1983. Si l’intégralité des scènes se déroulant à Fantasia sont tournées dans les studios de la Bavaria Film, les prises de vue mettant en scène le monde réel ont lieu à Vancouver. Le casting pour choisir les interprètes des deux personnages principaux est assez long. Si le choix de Barret Oliver pour jouer Bastien se fait assez rapidement, le rôle d’Atreyu fut plus complexe à choisir. Noah Hathaway n’avait en effet pas été retenu dans un premier temps, et c’est uniquement suite à l’insistance de Wolfgang Petersen qu’il fut rappelé. Mais au final, les acteurs importent peu au producteur, le gros du budget et des efforts étant investi dans les décors et les effets-spéciaux. Le film doit en effet mettre en scène des dizaines de créatures dont certaines assez gigantesques comme le Mangeur de Pierre ou le dragon Falkor. Le spécialiste Colin Arthur (qui a débuté comme maquilleur sur 2001, l’Odyssée de l’Espace) est en charge de donner vie à tous les monstres du métrage. Même si, à l’heure du numérique, les animatroniques, marionnettes et matte painting (décors peints sur verre) du film peuvent paraître désuets, ils représentaient ce qui se faisait de mieux à l’époque. Rien que pour Falkor, il ne fallait pas moins de vingt personnes pour animer la créature de près de quinze mètres.

A sa sortie, le film rencontre des succès très différents aux États-Unis et en Europe. Si les américains l’apprécient modérément et n’en font qu’un succès d’estime, il cartonne sur le vieux continent, principalement en Allemagne. Même s’il s’agit d’une vraie réussite artistique, il est pourtant rejeté par Michael Ende qui n’y reconnaît pas son roman. Il est vrai que certaines libertés sont prises dans le but de faciliter l’exploitation commerciale. Par exemple, le monde de Fantastica devient Fantasia et Atreyu n’a plus la peau verte mais le physique d’un jeune garçon humain.

Aujourd’hui devenu un véritable classique du genre, le film n’a pourtant pas eu à l’époque l’impact qu’il espérait sur la production Européenne. L’entreprise fut particulièrement rentable (100 millions de $ de recette pour un budget de 27) mais aucun producteur n’osa se lancer à nouveau dans une pareille aventure. La franchise ne fut cependant pas abandonnée et deux suites ratées ainsi qu’une série télévisée et un dessin animé furent produits, un filon usé jusqu’à la corde et surtout marqué par la médiocrité de l’ensemble. Cette exploitation excessive est malheureuse car elle a tendance à faire oublier le film original qui reste parmi les plus beaux films familiaux des années 80.

La Compagnie des Loups (1984) Neil Jordan :

Perdue entre des parents qui semblent ne pas la comprendre et une grande soeur qu'elle déteste, la jeune Rosaleen s'ennuie. Dans sa chambre d'adolescente elle s'évade en songes dans un village médiéval bordant une forêt mystérieuse. Dans cet univers de conte de fée, sa soeur vient de décéder attaquée par un loup. Pour permettre à ses parents de faire leur deuil, sa grand-mère l'invite à passer la nuit dans sa maison nichée au coeur des bois. Pour la mettre en garde, et lui éviter le même sort qu'à sa soeur, elle lui raconte alors l'histoire d'un loup dont le poil était caché à l'intérieur d'un homme. Plus fascinée qu'inquiète, Rosaleen rêve de rencontrer une telle créature.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (4ème Partie)

Alors que le genre est en plein boum et que de très gros projets sont en productions, une des oeuvres les plus atypique et étrange du genre va débarquer d’Angleterre. Que donnerait un conte de fées s’il était traité de manière psychanalytique et en s’adressant exclusivement à un public adulte ? C’est le postulat de base de La Compagnie des Loups, une adaptation du petit chaperon rouge mais surtout de la nouvelle éponyme d’Angela Carter abordant les contes sur le thème de la sexualité.

La télévision britannique, qui possède les droits du roman de Carter, envisage de l’adapter dans un téléfilm. Un jeune réalisateur, Neil Jordan est approché pour la mise en scène. Ayant déjà travaillé dans l’univers médiéval au travers d’une collaboration sur Excalibur, Jordan semble être l’homme de la situation. Mais très rapidement il se rend compte que la télévision ne peut pas rendre hommage à une oeuvre aussi atypique. A la fois violent, onirique et abordant la sexualité adolescente de façon à peine détournée, la censure ne laisserait jamais passer sur petit écran la profondeur du récit. Avec l’aide d’Angela Carter, Jordan se lance donc dans la quête d’investissements pour transposer le récit sur grand écran. C’est au travers de Stephen Woolley, un célèbre distributeur de film d’horreur qu’il trouvera son salut.

Même si Woolley ne voyait probablement dans le film qu’un film d’horreur à base de loup-garou, son appui suffit à lancer le projet. Bénéficiant d’une équipe artistique importante composée entre autre du maquilleur oscarisé Chris Tucker et du décorateur Anton Furst célèbre pour son travail sur Alien, Jordan crée une forêt et un village médiéval plus vrai que nature. Pour interpréter Rosaleen/le petit Chaperon Rouge, la jeune Sarah Patterson est engagée. D’une beauté troublante, la jeune adolescente semble être née pour jouer ce rôle. Pour l’épauler, des acteurs de renoms sont engagés. Angela Lansbury (la célèbre Arabesque) obtient le rôle de la grand-mère, tandis que David Warner joue le père de la jeune fille.

Le résultat final est particulièrement étrange, à la fois visuellement splendide et d'une structure narrative complexe, le récit mélangeant allégrement rêves, fantasmes et histoires contées par les personnages eux-mêmes. Le film n’étant pas vraiment un conte de fée, pas vraiment un film d’horreur mais plutôt une sorte vision fantasmagorique de la découverte de la sexualité, les producteurs ne savent absolument pas comment le vendre. Malgré un succès critique évidant, le film sort timidement dans les salles et ne trouve logiquement pas son public.

Il faudra attendre plusieurs années pour que le film atteigne véritablement son statut de film culte. Les différentes diffusions télé, parfois dans des cadres aussi inappropriés que des programmes pour enfants, vont faire découvrir le métrage à un large public et le populariser. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est finalement au travers d’un média qu’il rejetait, que le film de Jordan trouvera son salut. Même si certains films, comme Valhalla Rising, ont tenté par après d’aborder la psychanalyse au travers de la fantasy, aucun n’a jamais mélangé aussi adroitement les genres. La Compagnie des Loups reste une oeuvre unique en son genre dont le parfum sulfureux est toujours aussi envoûtant.

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