20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (3ème Partie)

Publié le par Leblanc M.

Excalibur (1981) John Boorman :

Il est dit que celui qui arrivera à retirer l’épée légendaire Excalibur de la roche dans laquelle elle est emprisonnée, deviendra roi et unira le pays… Le jeune écuyer Arthur, fils adoptif du seigneur Hector, mais véritable héritier du roi maudit Uther Pendragon, réussi cet exploit. Guidé par le puissant magicien Merlin, Arthur réussit à unir les royaumes et tous les chevaliers sous sa bannière. Cependant, la demi-sœur d’Arthur, la sorcière Morgane, vit dans l’ombre du roi depuis toujours. Vouant une haine profonde a Merlin et à la lignée des Pendragon suite au lourd secret d’un pacte passé des années auparavant entre le magicien et Uther, le père d’Arthur, elle compte assouvir sa vengeance.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (3ème Partie)

Nous y sommes! 1981, l’année de la fantasy! L’année où, pour beaucoup, elle a véritablement éclaté sur grand écran ! Même si elle est bien antérieure, comme nous l’avons vu précédemment, l’interprétation « standard » de celle-ci (à savoir la tendance médiévale) va marquer les esprits en ce début des eighties. Ce ne sont pas moins de trois films qui vont être produits coup sur coup cette année et lancer, chacun à leur manière l’héroïc-fantasy (car c’est bien de cela qu’il s’agit) au cinéma.

Le premier des trois à débarquer dans les salles est, peut-être, le moins représentatif également. Il marque finalement une sorte de liaison entre une fantasy plus littéraire et une vision purement cinématographique qui sera la norme des années 80. En effet, Excalibur, car c’est bien du classique de Boorman qu’il s’agit, tient plus d’une adaptation standard des légendes Arthuriennes que de la création d’un univers intemporel. La vision de Boorman représentant un moyen-âge très réaliste où seul l’apport de la magie nous rappelle qu’il ne s’agit pas du notre. Il pourrait de la sorte faire penser à une sorte de version actualisée des œuvres médiévales du cinéma muet et marquer le passage d’une génération à l’autre.

La genèse du film reste marquée par cette lutte entre tradition et modernité. Si Boorman rêve depuis des années d’adapter le mythe du Graal, United Artists est pour sa part intéressé par une adaptation du Seigneur des Anneaux. Sentant le bon filon suite au succès de Star Wars et des jeux de rôles style Donjons et Dragons, le Studio sent que l’adaptation de Tolkien peut devenir un énorme succès. Cependant, le réalisateur de Délivrance n’est pas trop emballé par ce projet trop fantastique. Il remanie énormément le scénario pour proposer une version très personnelle et coûteuse. Au final des « désaccords » artistiques et un coût de production faramineux refroidiront les producteurs qui préféreront laisser à Boorman le choix de son œuvre médiévale.

Il se lance donc dans la réalisation avec l’objectif de mettre en scène une fresque démesurée de plus de 4h ! Même si United Artists lui laisse le champ libre, il lui est demandé de réduire le métrage à 2h30 maximum. En contrepartie, ils n’imposent pas de choix trop hollywoodien au cinéaste. Ainsi, les prises de vues ont lieu en Irlande dans des décors principalement naturels. Les acteurs, pour la plupart débutant au cinéma, ont des carrières bien établies au théâtre dans des œuvres classiques. Le but étant de faire ressortir le côté Shakespearien de l’histoire. Boorman va même utiliser des œuvres d’opéra, principalement le Carmina Burana de Carl Orff en guise de bande originale.

Au final le film recevra un accueil très mitigé… Si le succès est quand même au rendez-vous, le public et la critique considèrent qu'il n’est pas en accord avec son époque. S’attendant probablement à une déclinaison médiévale de Star Wars, le film est considéré comme manquant à la fois de folies visuelles (entendez par là effets-spéciaux) et d’humour.

Il ne faudra pourtant pas des années pour qu’Excalibur devienne culte. Le manque de fantaisie reproché à Boorman est finalement parfait pour mettre en scène les très sérieuses légendes bretonnes. Les acteurs sont crédibles et mettent leurs talents au service de dialogues très proches du théâtre. Quant à la musique de Carl Orff, elle donne à l’ensemble un souffle extrêmement épique et inspirera par la suite de nombreux compositeurs dans l’élaboration de leurs partitions pour le genre.

Visuellement splendide, Excalibur apparaît aujourd’hui comme la parfaite jonction de deux époques. Le film fascine toujours par sa magnifique photographie, ses touches de magie très subtilement distillées et ses scènes de guerre à la fois réalistes et enivrantes. Malgré des libertés prises avec l’œuvre (dont la fusion des personnages de Galahad et de Perceval), il s’agit également de l’adaptation la plus fidèle des contes d’origine.

Le Dragon du Lac de Feu (1981) Matthew Robbins :

Le royaume d’Urland vie sous le joug du diabolique dragon Vermithrax. Une créature monstrueuse que seul le sacrifice de jeunes vierges arrive à calmer. Le roi Casiodorus, réclame alors l’aide du puissant sorcier Ulrich de Craggenmoor pour les libérer du monstre. Le magicien accepte la mission et se prépare au voyage en compagnie de son apprenti Galen. Mais malheureusement, juste avant le départ, Ulrich décède en voulant faire une démonstration de son pouvoir à Tyrian, le capitaine du roi. Galen devient alors l’ultime espoir des habitants d’Urland et, malgré que son apprentissage ne soit pas terminé, doit partir affronté Vermithrax.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (3ème Partie)

En ce début des années 80, Disney et Universal développent également tous les deux leurs projets d’héroïc-fantasy. Si Universal veut réaliser un grand film d’aventure visant les jeunes adultes, Disney veut se diversifier et produire une œuvre familiale. Cherchant à tout prix à sortir du carcan de l’animation, qui vit ses heures les plus sombres et peine à rencontrer le succès, ils veulent absolument avoir leur Star Wars et développer leur branche cinéma. Le médiocre Tour Noir, leur essai dans la science-fiction, ayant été un échec retentissant, des espoirs énormes reposent sur Le Dragon du Lac de Feu.

Refusant ouvertement d’aborder le genre sur le thème du réalisme comme l’a fait Boorman, les pontes du studio ne veulent pas non plus prendre une approche trop enfantine comme ce fut le cas pour Le Trou Noir. En résulte un scénario au final très étrange. A la fois familial et simpliste dans ses enjeux, en gros un jeune apprenti magicien va devoir se sublimer pour vaincre un dragon diabolique, mais nettement plus subtil dans son développement. L’intrigue se révèle étrangement sombre, n’hésitant pas à mettre en scène des sacrifices humains sous forme de loterie ou une vision assez morbide du christianisme cherchant à faire disparaître la magie et le surnaturel.

Film de producteur par excellence, Le Dragon du Lac de feu est mis en scène par un Matthew Robbins peu connu du grand public et interprété par des débutants (dont Peter MacNicol dans son premier rôle), la grande majorité du budget étant engloutie par la réalisation du dragon Vermithrax que le studio veut fabuleux. Utilisant les meilleures techniques d’animation de l’époque, le résultat est bluffant. A tel point que le monstre restera pendant 30 ans (et l’apparition de Smaug dans le second volet du Hobbit) la référence en terme de dragon au cinéma. Cela n’empêchera pas, contre toute attente, de voir le film se faire voler l’oscar des meilleurs effets visuels par Les Aventuriers de l’Arche Perdue.

Malheureusement pour Disney, ce n’est pas encore avec le film de Robbins que le studio arrivera à développer son grand succès familial. Pas assez manichéen (tous les personnages ont des failles) et d’une morale déstabilisante (le « méchant » est le grand bénéficiaire des exploits des héros), le film est un échec. Le ton généralement sombre et lent du film effraie les enfants, tandis que les adultes ne sont pas attirés par une promotion infantile. En cherchant à plaire à tout le monde, Disney finit par n’attirer personne.

Pourtant, malgré ces maigres résultats au box-office, Le Dragon du Lac de Feu marque une date importante dans l’histoire de la fantasy. Première transposition réelle à l’écran de l’héroïc fantasy moderne, le film servira d’une certaine manière de mètre étalon. Les erreurs commerciales (mais non artistiques) du métrage de Robbins, permettront de mettre en place des productions plus calibrées et adaptées à un large public.

Conan le Barbare (1981) John Millius:

Conan est encore un jeune enfant lorsque son village est assiégé par les troupes du puissant magicien Thulsa Doom. Après avoir vu sa mère mourir par l’épée du sorcier, Conan est livré en esclavage. Mué par sa soif de vengeance, il grandit aveuglé par la haine et la violence. Devenu un puissant guerrier, il devient gladiateur et, à force de victoire, finit par obtenir sa liberté. Il s’associe au voleur Subotaï et à la guerrière Valéria pour piller la tour sacrée d’une secte mystérieuse. Conan réalise que le maître de la secte n’est autre que Thulsa Doom et décide de vendre ses services au roi Osric, dont la fille est tombée sous le charme du sorcier, pour assouvir sa vengeance.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (3ème Partie)

Jamais deux sans trois… Après les semi-échecs d’United Artist et de Disney, Universal tente aussi sa chance. Produit également en 1981 et prévu pour une sortie pour les fêtes de fin d’année, Conan le Barbare ne sortira finalement qu’en 1982. Au final il s’agira du métrage le plus équilibré des trois et deviendra celui qui lancera définitivement la fantasy au cinéma.

Pourtant, ce n’était pas gagné au départ. Un projet d’adaptation des aventures de Conan (héros littéraire Robert E. Howard) traînait dans les projets des studios depuis cinq ans. C’est finalement une fois de plus le succès de Star Wars qui poussera le magnat Dino De Laurentiis à accélérer la naissance du métrage. Des réalisateurs aussi reconnus qu’Alan Parker et Ridley Scott vont s’y casser les dents avant que l’association d’Oliver Stone au scénario et de John Millius à la réalisation lance définitivement le projet.

Attiré par le mélange de mythologie nordique et préhistorique du héros cimmérien de Howard, le duo décide d’entrée de jeu de s’éloigner d’une aventure trop familiale. Le film, bien que mélangeant magie, fresques épiques et effets-spéciaux, se doit être avant tout un spectacle brutal, direct et barbare, comme son héros. Bien que réticent au départ, les dirigeants d’Universal finissent par être convaincus par De Laurentiis. Dans un premier temps, des stars comme Sylvester Stalonne ou Charles Bronson sont envisagées pour le rôle-titre. Mais finalement, le personnage de Conan étant quasiment muet et jouant principalement sur le physique et le charisme, c’est le culturiste Arnold Schwarzenegger qui est engagé. Pour épauler le jeune premier, les stars James Earl Jones et Max von Sydow rejoignent le casting. Millius impose également Basil Poledouris à la bande originale à la place d’Ennio Morricone.

Jugeant le film trop violant, le studio refuse pourtant de le sortir pour noël 1981 et le reporte à l’été 1982. Même si quelques scènes sont coupées, Millius n'accepte pas de changer les fondements de son métrage. La presse est relativement mitigée, trouvant le film à la fois trop violant et Schwarzenegger mauvais acteur. D’autres vantent par contre un spectacle épique, très visuel et voient en Schwarzenegger une future star charismatique. Le public pour sa part, fait un triomphe au film.

Au final, tous les choix de Millius se montrent payants. La composition de Poledouris est une des meilleures bandes originales de l’histoire du cinéma. Schwarzenegger devient la plus grande star des années 80 et 90. Et la vision sans concession du film en fait un spectacle épique sans précédent qui marque immédiatement les rétines. Conan le Barbare devient instantanément un film culte, même s’il faudra quelques années pour que la critique reconnaisse son statut de chef d’œuvre. Son succès va engendrer énormément de déclinaison. Passant de la série B sympathique et légèrement idiote comme Les Barbarians aux séries Z italienne.

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