20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (2ème partie)

Publié le par Leblanc M.

Le 7ème Voyage de Sinbad (1958) Nathan Juran :

Sinbad, le légendaire marin, revient, d’une de ses nombreuses aventures, à Bagdad en compagnie de sa fiancée, la princesse Parisa. Faisant escale sur la mystérieuse île de Colossa, Sinbad est confronté à un cyclope qui a kidnappé le sorcier Sokurah dans le but de lui voler sa lampe magique. Le marin arrive à libérer le magicien mais ne récupère pas l’objet. Sokurah lance alors un maléfice à Parisa qu’il n’acceptera de relever que si Sinbad retourne sur Colossa lui récupérer sa lampe. C’est le début d’un long périple pour le héros qui devra affronter bien des dangers et des créatures légendaires.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (2ème partie)

Commençons directement par le sujet qui fâche... Fantasy ou pas fantasy ? Pour certains la fantasy se limite uniquement à la représentation d'un univers fantastique à tendance médiévale. Pour d'autre il s'agit plutôt d'une représentation fantasmée d'un monde alternatif mélangeant imagerie passée et mythes et légendes. Je suis personnellement plutôt d'accord avec la seconde option qui me semble moins réductrice et permet d'englober les légendes orientales (comme dans le cas présent) ou grecque (comme nous l'évoquerons avec le film suivant). Donc à mes yeux le débat n'a pas lieu d'être et Le 7ème Voyage de Sinbad est bel et bien un film de fantasy, et même une de ses pièces maîtresses.

Si le film reste encore aujourd'hui culte et reconnu de tous, c'est principalement car il marqua deux étapes importantes dans l'histoire du cinéma. La première est la naissance d'une gigantesque vague de film d'aventure mythologique dans le cinéma grand public. A l'époque les films à grand spectacle étaient quasi uniquement représentés par des péplum. Le fantastique était le domaine des séries B horrifiques ou de la science-fiction, mais il ne s'invitait pas dans la cours des grosses productions hollywoodiennes. Ces seules représentations se limitaient à être bibliques à l'instar des 10 Commandements. Le 7ème Voyage de Sinbad fut la première production d'envergure à introduire un univers entièrement mythologique.

La seconde raison du mythe qui entoure la réalisation de Nathan Juran, est ses effets spéciaux. En effet, le film a permis de faire découvrir au grand public celui qui restera peut-être dans l'histoire comme le plus grand maître en matière d'animations image par image et de créations de bestiaires fantastiques : le génial Ray Harryhausen ! Avant de se faire engager par Colombia pour créer les différents monstres du film, Harryhausen n'avait pas encore réussi à réellement percer dans le milieu. Il avait essentiellement travaillé sur de modestes productions de série B et n'avait jamais su se détacher de l'image de son maître à penser Willis O'Brien (à qui l'on doit entre autres le premier King Kong de 1933). Bénéficiant d'un budget conséquent et d'une liberté artistique totale, le grand Ray va véritablement se lâcher et créer quasiment une dizaine de monstres (cyclope, dragon, femme serpent, squelette, oiseau géant,...). Le résultat est tellement impressionnant que l'artiste sera attaché à toutes les grosses productions du genre pendant une vingtaine d'années.

A sa sortie, le film n'est évidemment pas épargné par la critique qui n'y voit qu'un scénario inepte servi par des effets spéciaux impressionnants. Ce que la presse oublie de dire c'est qu'il s'agit justement de ce que promettait le film ! La Colombia n'a jamais eu l'intention de réaliser un nouveau péplum ou une adaptation littérale des 1001 Nuits. Non, le film se voulait être un grand spectacle qui en mettrait plein la vue aux spectateurs ! Le public justement ne s'y est pas trompé et le film se révèle être un très grand succès. A tel point qu'il engendrera deux suites et, comme nous l'avons évoqué plus haut, toute une série de métrages de fantasy mythologiques.

Mais que reste-t-il du film aujourd'hui ? S'il semble, il est vrai, extrêmement manichéen et naïf, il ne faut pas oublier que c'est l'apanage de la majorité des films de l'époque. Les aventures y étaient plus directes et moins cyniques. L'Amérique était optimiste et vivait ses meilleures années. Cela se ressentait forcément dans son cinéma. Mais ça n'empêche pas non plus au film de rester charmant et de proposer (principalement grâce à ses effets-spéciaux) un univers proprement enivrant et spectaculaire. Même si elles pourraient faire sourire les adolescents, les apparitions du cyclope ou du dragon émerveilleront toujours les enfants et leurs parents.

Jason et les Argonautes (1963) Don Chaffey:

Zeus et les Dieux grecque tirent les ficelles du destin du monde… Ainsi ils ont guidé l’ambitieux Pélias à conquérir Loctos et à massacrer son roi Aristos. Jason, le jeune fils du roi, échappe au massacre et parvient à s’enfuir. Devenu adulte, Jason est bien décidé à contrer le destin que les Dieux avaient prévu pour lui et à récupérer son royaume au tyran Pélias. Pour pouvoir lever une armée il a besoin de récupérer la toison d’Or, qui lui permettra de rallier les peuples à sa cause. Il recrute alors un équipage composé des plus grands héros de la Grèce et embarque à bord de l’Argos pour un quête épique qui décidera du destin des hommes et des Dieux.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (2ème partie)

Si Le 7ème Voyage de Sinbad représente la naissance de la fantasy mythologique, Jason et les Argonautes en est sa quintessence. Suite au succès du film de Nathan Juran, ce sont des dizaines et des dizaines de légendes grecques ou orientales qui vont être adaptées à l'écran. Si certaines de ces productions restent de qualité, la grande majorité est constituée de gentils nanars. Provenant en grande partie d'Italie, les grands écrans diffusent en effet des œuvres au titres aussi évocateurs que Hercule à la Conquête de l'Atlantide, Ulysse contre Hercule ou la fameuse série des Macistes. L'industrie hollywoodienne, étant restée assez discrète durant tout ce temps, prépare de son côté ce qu'elle veut être le film d'aventure mythologique ultime : Jason et les Argonautes.

Pour se faire, on engage bien entendu Harryhausen pour superviser les effets-spéciaux, en lui donnant carte blanche qui plus est. Todd Armstrong qui vient de se faire remarquer dans Five Finger Exercise est engagé pour le rôle de Jason, tandis que des acteurs plus reconnus tel que Niall MacGinnis ou Honor Blackman écopent des rôles des Dieux. Niveau réalisation, poste finalement peut important à l'époque où les films sont supervisés principalement par les producteurs, le faiseur Don Chaffey est engagé, un cinéaste correct mais sans grande ambition qui laissera le champ libre au studio. Car au final, le seul poste qui importe vraiment, ce sont les effets-spéciaux. Si le public décide de payer son billet, ce sera pour voir des monstres.

Et à ce niveau, il va être servit ! Harryhausen va véritablement se lâcher et réaliser tous ses délires dans ce qui restera comme son film le plus impressionnant. Si les harpies ou l'hydre restent de très grands moments, ce sont deux autres séquences qui ont littéralement marqué l'histoire du cinéma. La première est l'attaque du colosse Talos, statue de bronze géante dont le réalisme de la texture reste bluffante. Et la seconde est l'armée de squelettes. Cette scène, qui demanda à elle seule 4 mois de travail (pour 3 minutes à l'écran), reste la plus grande réussite dans la carrière de Ray Harryhausen. Ses ambitions sont telles que les producteurs sont obligés de le limiter pour éviter un film trop long et trop plein de péripéties. C’est ainsi que toute une partie de l'intrigue, devant se passer en enfer et opposer Jason au Cerbère, est abandonnée. Elle sera réutilisée des années plus tard dans Le Choc des Titans.

Au final, le film est bien plus qu'un Harryhausen show ! Sublimé par le talent du roi de la stop motion, toute l'équipe est au diapason. Les acteurs, généralement relativement médiocres dans ce type de film, se révèlent excellents. L'intrigue est bien mieux ficelée qu'à l'accoutumée, prenant quelques libertés sur les mythes tout en se montrant très respectueuse. A la fois exaltant et drôle, le film est une véritable invitation au voyage qui rencontrera un succès retentissant en salle.

Même si, par la suite, les récits mythologiques continueront d'abreuver les écrans pendant une quinzaine d'années, aucun film ne retrouvera le rythme, la force visuelle et le fun de Jason et les Argonautes. Cinquante ans après sa sortie, il reste une référence absolue du divertissement Hollywoodien, un film que chaque enfant découvrira toujours le regard émerveillé. Que ce soit Georges Lucas ou Steven Spielberg, tous les maîtres du divertissement reconnaissent qu'ils doivent énormément au film (et à Harryhausen en particulier). C'est en voyageant avec Jason, Hercule et les autres argonautes que leurs passions du cinéma et leurs envies de proposer des univers imaginaires sans limites aux spectateurs ont pris naissance.

Peau d'Âne (1970) Jacques Demy :

Sur le lit de mort de son épouse, un roi lui promet qu'il n'acceptera de prendre comme seconde épouse qu'une femme la surpassant en beauté. Le roi n'étant père que d'une fille, et n'ayant de la sorte pas d'héritier masculin pour prendre sa succession, doit cependant se résoudre à se remarier. Refusant de trahir la promesse faite à sa défunte épouse, il envoie quérir à travers tout le royaume une femme dont la beauté serait supérieure à son ancienne reine. Hélas, la plus belle jeune fille du royaume, la seule dont la grâce mérite de devenir reine n'est autre que la propre fille du roi...

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (2ème partie)

Alors que l'engouement pour les aventures d'Hercule, Thésée, Simbad et autres héros légendaires commence à s'estomper au États-Unis et en Italie, la fantasy a de moins en moins sa place au cinéma. La France, qui est passée complètement à côté de cette vague de films populaires, se lance dans un autre genre très en vogue : les comédies musicales. Deux très gros succès vont frapper le cinéma dans l'hexagone : Les Demoiselle de Rochefort et Les Parapluies de Cherbourg, un diptyque du réalisateur Jacques Demy qui fait de la belle Catherine Deneuve une star. Fort de ces succès, Demy peut se lancer dans un projet qui lui tient à cœur depuis des années. L'adaptation du conte de Charles Perrault, Peau d'Âne.

Demy et les contes de fées, c'est une grande histoire d'amour. Bercé depuis son enfance par Les Contes de la Mère l'Oie et la version de Cocteau de la Belle et la Bête, il regorge d'idée pour sa mise en scène. Très en accord avec son époque il veut un film coloré, très « flower power ». Mais il souhaite également retrouver le ton vaporeux et féerique du chef d’œuvre de Cocteau. Pour lui, ce juste équilibre doit se trouver dans une mise en scène anachronique qui, de par son non-respect des logiques temporelles, n'aura pas non plus à se soucier d'une cohérence visuelle.

Le tournage débute durant l'été 1970. Le réalisateur s'est entouré pour l'occasion de son équipe habituelle. Michel Legrand compose la musique et les chansons, tandis que Catherine Deneuve et Jacques Perrin endossent les rôles de la princesse et du prince. Pour le rôle du roi, Demy pense immédiatement à Jean Marais, à la fois pour rendre hommage au film de Cocteau mais aussi pour admiration réelle pour le comédien. L'acteur, qui avait décidé de quitter le cinéma, accepte de revenir sur sa décision par amitié pour Demy et joue dans ce qui restera comme son dernier grand rôle.

Peau d'Âne est une véritable cour de récréation pour le réalisateur. Il exploite toutes ses envies. Rien n'est trop fou ou trop surréaliste. Il rend d'un côté un hommage respectueux aux contes en faisant référence entre autres aux Petit Chaperon Rouge, Blanche-Neige ou le Chat Botté. Mais n'hésite pourtant pas à surprendre en utilisant un hélicoptère dans une scène ou en traitant de thèmes tabous tels que l'inceste. Même si ces choix peuvent surprendre à l'heure actuelle, il était cohérent et en accord avec la vision du monde du début des années septante. Le public fera d'ailleurs du film un franc succès à sa sortie.

Aujourd'hui encore considéré comme un classique du genre, le film de Demy eut pour répercussion d'engendrer plusieurs adaptations de contes de fées mélangeant le classicisme et l'anachronisme. Si Peau d'Âne reste le plus réussi du genre, quelques autres films arrivent également à tirer leur épingle du jeu. Il y a d'abord le second essai de Demy dans le genre, une adaptation du Joueur de Flûte de Hamelin (Le Joueur de Flûte en 1972) et surtout l'étrange adaptation du Petit Poucet de Michel Boisrond avec Jean-Pierre Marielle. La bizarrerie de ces films a marqué une époque, et l'audace de Jacques Demy a permis de faire redécouvrir les contes de fées au grand public.

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