20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (1er partie)

Publié le par Leblanc M.

Au travers de ces articles, nous allons parcourir l'histoire d'un genre et découvrir son évolution à l'aide de 20 films qui ont marqué son parcours. Aujourd'hui, nous nous intéressons à la Fantasy. Dans cette 1ère partie, nous découvrirons les 3 premiers films qui ont donné naissance à ce genre au cinéma. 

Les Nibelungen (1924) Fritz Lang :

Après des années d’apprentissages et d’études dans le royaume des nains auprès de son maître Mime, le jeune Siegfried s’apprête à rejoindre son royaume pour prendre la succession de son père. Mais l’amour du jeune prince pour la belle Kriemhild, la sœur du roi des Burgondes Gunther, le conduit dans une quête toute autre qui changera à jamais son destin. Il sera amené à affronter un dragon, voler le trésor d’Alberich le roi des nains, vaincre la reine d’Islande Brünhild lors de 3 épreuves et à affronter Hagen, l’âme damnée du roi Gunther. La quête d’amour de Siegfried et Kriemhilde changera à jamais le destin des royaumes du Nord.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (1er partie)

Avant d'évoquer Les Nibelungen, je vais faire un petit aparté pour différencier la fantasy des autres genres associés. Généralement, on subdivise le fantastique en 3 genres, genres eux-mêmes subdivisibles à l'infini. Le 1er est bien entendu le fantastique pur. On pourrait le définir comme présentant une histoire contemporaine durant laquelle un événement irrationnel vient prendre part à l'intrigue. La notion de contemporain est essentielle car, justement, c'est ce qui fait la grande différence avec les 2 autres genres, à savoir la science-fiction et la fantasy. La science-fiction prend place, elle, dans un univers futuriste fantasmé tandis que la fantasy s'associe à un monde imaginaire plongeant ses racines dans notre passé (principalement le moyen-âge ou l'antiquité). 2 autres genres sont généralement associés aussi au fantastique : l'horreur et le space opéra. Même si l'horreur est un genre en soit, son rapport au fantastique reste très variable et dépendant des œuvres. Le space opéra reste quand à lui un sous-genre de la science-fiction (comme le post apocalyptique par exemple) qui se rapproche de la fantasy. Mais ses racines restent bien liées à la science-fiction.

Si cela parait simple dit comme ça dans la pratique, ça l'est beaucoup moins dans les faits. Par exemple, E.T., bien que mettant en scène un extra-terrestre, est un film fantastique car l'élément surnaturel, même s'il lié en général à la science-fiction, prend place uniquement dans notre époque contemporaine. Par contre, Terminator, bien que se passant intégralement de nos jours, est un film de science-fiction car justement les éléments surnaturels prennent leurs racines dans le futur. Le cas de la fantasy est encore plus tendu... Ainsi, Les Visiteurs du Soir, bien que présentant une intrigue liée au merveilleux et se déroulant au moyen-âge n'est pas un film de fantasy car l'univers est en lui même totalement réaliste et le fantastique ne repose pas sur lui mais juste sur des éléments de l'intrigue. A contrario, Peau d’Âne est bel et bien un film de fantasy car il se déroule dans un univers de conte purement fantasmé qui se suffit à lui-même et ne se veut pas une représentation réelle du moyen-âge. Bon, je pourrais continuer pendant des heures mais je pense que vous avez compris les grandes lignes.

Abordons donc la fantasy à bras le corps et parlons de son premier représentant : Les Nibelungen. Si certains court-métrages muets peuvent être vaguement liés au genre, le premier film a clairement en établir les codes est le chef d’œuvre de Fritz Lang. En se basant sur la légende de Siegfried et de l'Anneau des Nibelungen, Lang va mettre en scène un film à la fois fondateur et, paradoxalement, déjà somme sur le genre. On retrouve tout dans ce film : créatures magiques, peuples se partageant un même univers (les nains et les humains), armes magiques,... Bref, tout ce qui n'était à l'époque que des fantasmes littéraires prend vie à l'écran dans une œuvre à la durée totalement folle (2 fois plus de 140 minutes quand même...).

Si le film n'a par la suite pas engendré une vague de film de fantasy (Lang voulait pourtant adapter les cycles Arthuriens et la quête du Graal) ce n'est pas à cause d'une mauvaise réception publique ou critique. Le film a été un succès et les critiques, de manière générale, furent très positives. Le problème vient plutôt des difficultés de production engendrées à l'époque. Il faut savoir que le film a demandé presque 2 ans de tournage et de préparation. Rien que les décors et les costumes demandèrent 6 mois de travail. Sans parler du Dragon, une création de plus de 20 mètres, véritable défi technique qui reste bluffant pour l'époque. Si, aux yeux des normes hollywoodiennes actuelles, tout cela semble assez habituel, il n'en était clairement pas de même il y a 100 ans. De plus, la fantasy est à l'époque quasi inconnue en dehors de l’Europe. Puisant son inspiration dans les légendes germaniques et scandinaves, elle ne parle pas forcément aux Américains et reste pour eux une iconographie associée à l'opéra. C'est en définitive Walt Disney qui l'introduira au États-Unis via Blanche Neige et les Sept Nains, film à l'inspiration toute Européenne mais adapté à la culture Américaine.

Le Magicien d'Oz (1939) Victor Fleming :

La jeune Dorothy s’ennuie dans la ferme familiale au Kansas. Pas encore une adulte mais plus vraiment une enfant, elle ne trouve pas sa place. Elle n’a guère que son chien Toto comme compagnon de jeu. Alors qu’elle rêve d’un monde magique où elle pourrait s’échapper, une tornade se dirige vers la ferme emportant tout sur son passage. Alors qu’elle perd conscience pendant la tempête, Dorothy se réveille au pays d’Oz. Un monde fantastique où s’affrontent la méchante sorcière de l’Ouest et la gentille sorcière du Nord. Cette dernière révèle à la jeune fille que la seule personne capable de la ramener chez elle est le puissant magicien d’Oz vivant dans la cité d’Emeraude.

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (1er partie)

L'apparition de la fantasy dans le cinéma américain remonte clairement à l'animation et principalement à Blanche-Neige et les Sept Nains en 1937. Même si les dessins animés ont donné naissance à un très grand nombre de chefs d’œuvre du genre (Blanche-Neige et les Sept Nains mais aussi La Dernière Licorne ou plus récemment How to Train your Dragon), j'ai décidé de l’occulter dans ce classement. Non pas que ces films n'y aient pas leur place, mais simplement car ils seront abordés dans le classement animation (où la fantasy se taille la part du lion) et que leur traitement général diffère tellement de la fantasy dans le cinéma traditionnel qu'ils mériteraient un classement qui leur est propre.

Le premier vrai grand film du genre américain restera donc Le Magicien d'Oz. Même si certains considèrent, par son côté onirique, que le film n'appartient pas au genre. Personnellement, je trouve cette vision très réductrice et au final ne dépendant que de l'interprétation de chacun. En effet, si l'on admet que l'histoire est un rêve de Dorothy, le film n'a rien de surnaturel. Mais à aucun moment de l'intrigue la réponse n'est clairement établie. Même si notre vision cartésienne d'adulte nous pousse à croire que l'histoire se déroule dans les songes, les enfants n'envisageront même pas une seconde que le monde d'Oz puisse ne pas exister et n'être qu'un fantasme de Dorothy. A l'inverse de l'excellent Bridge to Terabithia, le Magicien d'Oz ne donne aucune réponse véritable sur la nature des événements de l'intrigue. Il a de la sorte totalement sa place au panthéon des films de fantasy.

Maintenant, déterminer son appartenance au genre ne nous explique pas en quoi le Magicien d'Oz est un film clé de celui-ci. Le fait d'avoir évoqué précédemment Blanche-Neige et les Sept Nains n'est pas anodin, car c'est bien le succès du premier film de Walt Disney qui a poussé la MGM à se lancer dans l'aventure. Le but étant clairement de réitérer le succès mais avec un film en « live ». De la sorte, la production décide de fortement édulcorer le livre (qui dans le ton est plus proche du film Return to Oz qui a traumatisé une génération d'enfants) et d'y introduire de nombreuses chansons dont le culte Over the Rainbow. Bref, tout était mis en place pour en faire un film assez formaté qui ravirait les petites têtes blondes.

Même si les objectifs premiers furent atteints, le film est en définitive bien plus que cela. Le fait de se dérouler dans des décors réels, avec des acteurs réels a fait en sorte qu'il parle tout autant aux parents qu'aux enfants. Si ces derniers ont découvert un spectacle enivrant et finalement pas si aseptisé que cela (les singes volants ou la mort de la sorcière de l'ouest restent des moments assez flippants), les adultes se sont mis à rêver de passer au-delà de l'arc-en-ciel et de découvrir des mondes merveilleux. Ce n'est pas un hasard si Over the Rainbow est devenu immédiatement une chanson culte et un standard indémodable. C'est parce qu’elle ne parle pas aux enfants mais aux enfants que nous avons été. Le côté universel fut tel que le film s'est retrouvé là où on ne l'attendait pas, à Canne ou aux Oscars par exemple.

La grande force du film est finalement d'avoir donné le goût au public à la fantasy et d'avoir démontré qu'elle pouvait s'adresser à chaque membre de la famille américaine standard. Même si le succès énorme du film a totalement fait exploser les comédies musicales ou les grands films familiaux, peu de studios ont eu le courage de se relancer dans une pareille aventure. Les coûts et difficultés de production d'une telle entreprise pouvant à eux seuls faire s'écrouler un studio en cas d'échec, le public devra attendre bien des années avant de pouvoir repartir au-delà de l'arc-en-ciel.

Le Belle et la Bête (1946) Jean Cocteau :

Dans un village de conte de fée vivait un pauvre marchant et ses quatre enfants, un garçon et trois filles. Autant la plus jeune était douce et simple, autant les deux aînées étaient égoïstes et matérialistes. Avant de partir pour un ultime voyage dans le but de faire fortune, le père demanda à ses enfants le cadeau qu'ils souhaiteraient recevoir à son retour. Devant les demandes extravagantes de ses soeurs, Belle, consciente de la pauvreté de son père, ne lui demanda rien de plus qu'une rose rouge. Mais obtenir la plus belle des roses n'est pas chose facile... Derrière sa beauté se cache en effets des épines. Tout comme de la plus horrible des bêtes peut surgir l'âme la plus pure...

20 Films pour Comprendre un Genre: La Fantasy (1er partie)

La guerre n'étant pas spécialement une période propice au rêve et à l'imaginaire, il est assez logique que le cinéma ait suivi le mouvement. Durant cette période, les films de genres s'orientent vers une forme de réalisme. Cette mouvance se retrouve principalement chez le réalisateur français Jacques Tourneur à qui l'on doit des classiques tels que Vaudou, La Main du Diable ou La Féline. Les chances de voir émerger un film de fantasy dans ce conteste était assez mince, mais pourtant c'est d'un compatriote de Tourneur qu'arrive le miracle.

Fasciné par l'onirisme, le poète Jean Cocteau décide d'adapter un classique des contes de fée, La Belle et la Bête de Jeanne Marie Leprince de Beaumont. Depuis de nombreuses années, sous l'impulsion de Jean Marais, Cocteau rêve d'adapter les féeries dont les visions le poursuivent depuis son enfance. Dans son premier film, Le Sang du Poète, Cocteau met déjà en scène certaines images directement liées au genre. Mais l’œuvre reste principalement expérimentale et n'est, de la sorte, pas adaptée à un large public. Avec La Belle et la Bête, Cocteau a à la fois l'intention de mettre en image des tableaux fascinants mais aussi d'attirer un large public qui, juste après la guerre a de nouveau besoin de rêver.

Bien qu'assez proche du travail de Tourneur par son approche très adulte du genre, Cocteau propose un film nettement plus porté sur le visuel. A une époque où la suggestion reste le maître mot, La Belle et la Bête va se révéler être un véritable déluge d'effets spéciaux. Cependant ceux-ci resteront toujours au service de l'histoire, Cocteau les utilisant uniquement pour illustrer ses fantasmes poétiques. Ainsi, outre le fabuleux maquillage de Jean Marais, l'on retrouve des jeux de miroir, des statues prenant vies,... Fortement inspirée des illustrations de Gustave Doré, l'iconographie des contes de fées est pour la première fois portée à l'écran. Toute une batterie d'effets permettant de créer un univers aussi étrange que crédible.

La grande différence entre La Belle et la Bête et les autres productions de l'époque repose en grande partie sur le fait qu'il n'a nullement l'intention de placer son récit dans un univers réaliste. Comme l'annonçait l'accroche publicitaire au moment de la sortie du film : « Où sommes nous, quand sommes-nous ? ». Voilà bien un des principes immuables de la fantasy où les notions d'univers et de temps ne sont jamais clairement définies. On pourrait penser que le récit se déroule au moyen-âge, cependant la magie, le rêve et le merveilleux semblent être naturels pour les personnages. Cette notion est renforcée par le fait que Jean Marais interprète à la fois la Bête et Avenant, le prétendant de Belle. Là où l'anachronisme aurait choqué dans le cinéma traditionnel, dans le monde imaginé par Cocteau, on y songe à peine et ce choix s'intègre parfaitement dans le métrage.

Cocteau était empli de doutes au moment de la sortie du film. Dans un monde où le réalisme et le cynisme avaient pris le pas, le public était-il mûr pour découvrir autre chose ? La question du succès était une énigme d'autant plus que le film ne s'adressait clairement pas aux enfants. Le ton, les enjeux, les délires visuels (souvent effrayants),... Tout était prévu pour parler aux adultes. La majorité des critiques sont positives, même si elles sont plus dues au respect de Cocteau que pour le film en lui-même. Le public, lui, fait un triomphe au film ! Avec près de 4 millions d'entrées en France, Cocteau réalise qu'il n'était pas le seul à vouloir sortir des horreurs de la guerre par la féerie. La puissance du film est telle qu'il reste encore à l'heure actuelle un des plus grands classiques du cinéma français et le film le plus connu de son auteur.

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Gillus 05/01/2017 07:54

Hello, tu écrit vraiment bien et ton approche de ces films est très intéressante ! Je t'encourage donc à continuer ces chroniques :)

Michael L. 05/01/2017 09:12

Merci à toi! Ca fait plaisir d'avoir un commentaire positif de la part du créateur des OVNI du cinéma et de l'envers du Raccord! https://www.youtube.com/playlist?list=PLvR1RNBiHYv2bNGhun1O-upQFyB8ibZl1